TUNIS ET CARTHAGE. 46 rauque, monotone et peu harmonieux, mais par cela même plein de caractère. Tunis la Blanche, bâtie en amphithéâtre sur le flanc d'une large colline, se détachait devant nous de son sol aride, nu et sablon- neux. Semblable à une vaste carrière de plâtre, elle grandissait de plus en plus à nos yeux, et sur sa masse lumineuse tranchaient en lignes noires les mille minarets pointus qui s'élancent comme des tlèches au-dessus de leurs mosquées. Enfin nous pûmes débarquer il était plus d'une heure. Outre la foule nombreuse qui stationnait sur le rivage à notre arrivée pour tâcher, suivant la cou- tume du pays, de vider nos poches et de s'appro- prier nos mouchoirs, nos bourses ou nos bagages, deux personnages importants nous attendaient avec- non moins d'impatience. C'étaient les interprètes des deux hôtels européens de Tunis l'hôtel de France et l'hôtel de Provence. Ce dernier était connu de l'un de nous; aussi avions-nous décidé d'y des- cendre tous ensemble nous étions dix passagers. A peine nos pieds avaient-ils touché le sol, que cha- cun de nous se vit successivement accosté par les deux rivaux; et sans vouloir déprécier le moins du monde le célèbre Karoubi, le représentant dépité de l'hôtel de France, dont les exploits et l'habileté pro- fessionnelle sont connus de tous les visiteurs de Tunis, je dois avouer que je fus surpris à la fois de l'intelligence, de la prévenance et des soins empres- ses de Khalif, qui eut ce jour-là le bonheur de l'em- porter sur son compétiteur. C'est un jeune homme d'une trentaine d'années, d'une figure distinguée,