TUNIS ET CARTHAGE. 45 8. Il y a quelques belles maisons sur cette presqu'île, et on y trouve une certaine animation. Mais déjà la population est tout entière arabe, et les costumes européens paraissent étranges et déplacés au milieu de cette foule bigarrée qui rappelle l'Orient. Le bagne tunisien y est établi, et l'on y voit travailler quelques forçats. Notre patience commençait à se lasser, lorsqu'en- fin le signal du départ fut donné, et notre bateau se remit en mouvement. Le soleil d'Afrique dardait sur nous ses rayons brûlants que l'eau rétiéchissait et nous renvoyait à son tour. Je m'enveloppai la tête de mon mouchoir; mais déjà il était trop tard la ré- verbération de l'astre m'avait ennammé !a peau, et pendant plusieurs jours mon visage resta coloré en rouge intense. La circulation sur le lac est très- considérable on y voyait un grand nombre de barques comme la nôtre, allant et venant de Tunis à la Goulette. Un service de bateaux à vapeur pour ce trajet serait bien désirable, et, commercialement, ce serait une bonne affaire. Il nous fallut quatre heures pour une traversée qu'un steamer ferait en vingt minutes ou moins encore. Nous marchions à pleines voiles, et de plus nos bateliers maniaient avec vigueur de forts avirons, que souvent ils pouvaient appuyer contre le fond du lac pour pousser la barque en avant, tant la profondeur est faible en cet endroit. Heureusement, nous étions nombreux, gais et d'humeur accommodante. L'un de nos compa- gnons arabes nous gratifia d'un chant de son pays,