A PHILIPPEVILLE ET BONE. 35 Nous marchions d'un bon train à la clarté du jour; notre cheval lancé au galop franchissait sans broncher les ravins et les inégalités de la route, là où un cheval d'Europe se serait cent fois brisé les jambes; mais les secousses étaient rudes, et j'en étais tout meurtri, lorsque soudain un choc plus .fort que les autres arrêta subitement notre véhicule et nous renversa sur le côté une des roues s'était détachée et roulait au loin, mais sans autre accident pour nous que quelques légères contusions; j'aidai au cocher à la remettre en place (fort heureusement il avait avec lui un petit marteau, des clous et des cordes); et pendant qu'il l'assujettissait, je longeai le lac à pied, non sans regretter vivement de n'avoir pas de fusil de chasse. J'essayai de me servir de mon revolver; les oiseaux étaient si pacifiques qu'ils se détournaient à peine en voyant la balle ricocher dans l'eau; et. après plusieurs essais infructueux, j'atteignis une grèbe qui n'était qu'à cent pas de moi. Un jeune Arabe qui passait se jeta à l'eau 'pour me chercher ma victime dont je lui fis cadeau. Les indigènes ont l'habitude de servir ainsi de chiens de chasse aux voyageurs. Cependant nous étions remontés en voiture, et nous étions de nouveau lancés à toute vitesse, lors- que ma curiosité fut attirée par des espèces d'ex- croissances grises que j'apercevais sur un rocher à quelque distance devant nous. Étaient-ce des têtes de chameaux ou des troncs d'arbres? En approchant de plus près, je vis que j'avais affaire à une tren- taine de vautours gris perchés immobiles sur un