84 DE MARSEILLE « C'est le café, me disaient-ils, qui nous soutient en Afrique; nous en buvons souvent jusqu'à six fois par jour. )) Je payai généreusement leur hospitalité au capo- ral du groupe, qui me répondit qu'ils ne manque- raient pas de boire à ma santé, mais que du reste j'aurais mieux fait de ne rien leur donner, parce que mon argent les rendrait malheureux. ` « Voyez-vous, disait-il en riant, quand nous avons de l'argent, nous avons toujours soif, tandis que quand la bourse est vide nous n'avons besoin de rien. » Bientôt après le clairon sonna; la compagnie en- tière se leva, se mit à plier ses tentes et à charger ses mulets. La tente de l'officier contenait un lit; il avait d'ailleurs un fort beau cheval arabe. Je regar- dai avec intérêt la manière dont se faisaient ces pré-f paratifs, jusqu'au moment où mon cocher qui ava~ attelé sa voiture vint m'appeler pour nous mettrez en route. Il était quatre heures du matin, et j'avais~ plaisir à voir à la clarté de la lune blafarde s'agitëfS cette fourmilière humaine. Je quittai non sans regret~ ces braves troupiers, et un instant après nousam-~ vions au bord du lac Fetzara que nous devions? côtoyer pendant plusieurs heures, et qui est célèbre par la quantité de gibier, surtout aquatique, qu'it renferme. En effet, dès que le soleil fut levé, tout. le paysage prit une teinte enchanteresse, et j'aperçus' des poules d'eau, des sarcelles, des canards sau-~ vages nageant et volant sur le lac par troupes en- tières, pour disparaître ensuite dans les buissons.