32 DE MARSEILLE ou comme un bruit de pas ou de mâchoires, qui s'approchait insensiblement; je sortais peu à peu de mon apathie pour écouter avec une curiosité de plus en plus inquiète; tout à coup les ronces fré- mirent, un corps dur et pointu vint me chatouiller la jambe. Ouvrir les yeux, arracher le foulard qui les couvrait, tirer mon pistolet et l'armer fut pour moi l'affaire d'une seconde. J'avais aperçu mon adversaire, et j'allais lâcher le coup, lorsque je reconnus que c'était. une paisible vache qui s'était avancée peu à peu en broutant; elle avait trouvé sans doute à son goût le fourrage, où j'étais à peu près logé comme, dans son fromage de Hol- lande, le rat de La Fontaine, dû au spirituel crayon de Grandville; et bien involontairement sa com& s'était fourvoyée dans mon mollet. Mes instincts guerriers disparurent comme par enchantement; je remis mon revolver dans ma ceinture. et m'annant de la perche qui m'avait aidé à grimper à mon domicile, j'en menaçai la pauvre bête qui s'éloigna en toute bâte. La lune qui s'était levée sur ces entrefaites éclai- rait de sa pâte lumière cette scène tragique; mon~ cocher, qui s'était à son tour réveillé au bruit. recommença ses lamentations et ses jérémiaée~ puis chacun se recoucha et se rendormit de~n nneux. Bientôt les montagnes voisines nous ren- voyèrent un concert d'une autre espèce; les chiens fatigués avaient fini par se taire; le tour des coqs était venu, et le matinal gattinacé annonçait par-~ tout de sa voix la plus fraîche et la plus animée~