30 DE MARSEILLE qui campaient là, dormant sous leurs tentes, avec une cinquantaine de mulets de somme couchés de- vant eux. La sentineHe nous dit qu'elle doutait qu'on nous ouvrît, la maîtresse du logis étant peu ave- nante, et n'ayant cédé qu'à la force pour leur don- ner à eux-mêmes le fourrage dont ils avaient besoin pour leurs bêtes. Plusieurs nouvelles tentatives de notre part furent en effet infructueuses, et n'eurent pour résultats que des attaques réitérées de la part des chiens. Nous étions réduits à bivouaquer en plein air sans même avoir la tente du soldat. Que sa ration de vivres nous eût paru douce en ce mo- ment pour calmer notre faim et notre soif! Pour nous-mêmes, nous pouvions encore nous résigner assez facilement; mais notre cheval avait fait douze lieues sans boire ni manger; et quelque sobre'que soit le cheval arabe, il n'est pourtant pas encore arrivé à ce degré idéal où l'on peut se passer de nourriture. Enfin nous aperçûmes non loin du cara- vansérail deux gigantesques meules de paille, desti- nées, sans doute, au service de t'armée, et entourées par en bas de ronces à piquants qui devaient les défendre contre les attaques du bétail. Un instant après nous y étions le cocher enleva quelques~ ronces, arracha quelques touffes de paille et les donna à son cheval affamé. Puis il le détela, prit les coussins de la voiture et les couvertures, se coucha sur les uns et s'enveloppa des autres. Je te laissai faire, car il sortait de l'hôpital et craignait le retour de la fièvre; mais il ne me restait rien pour moi-même.