A PHILIPPEVILLE ET BONE. 27 une émotion profonde et qui n'était pas sans charme; le cœur me battait violemment, le sang circulait dans mes veines avec une activité, une chaleur qui m'empêchait seule de ressentir la fraîcheur de la nuit tout mon être était en proie à une surexci- tation extraordinaire ."mes pensées se suivaient et se renouvelaient avec la rapidité de l'éclair; je me sentais vivre, je vivais plus en une minute que d'or- dinaire en une heure, si la vie peut se compter par les sentiments et les jouissances qu'on éprouve, par leur nombre et leur intensité. Tout me disait que les heures que je passais ainsi resteraient longtemps gravées dans ma mémoire, et je goûtais déjà par anticipation les joies du souvenir. Un silence solennel régnait dans cette vaste plaine, bornée d'un seul côté par des montagnes peu éfe- vée&, de l'autre allant se perdre dans l'infini de l'horizon, et n'offrant à l'œil d'autres limites que celles que lui oppose la rotondité de la terre. Sur cette base immense reposait comme un dôme gi- gantesque l'imposant ciel d'Afrique, sombre malgré les étoiles qui scintillaient dans ses profondeurs; ~a voie lactée même semblait avoir perdu son écla- tante blancheur; on eût dit qu'un voile la couvrait; la nature entière paraissait triste et rêveuse, comme si elle eût porté le deuil de la lune absente; en vain mes yeux cherchaient-ils à percer cette obscurité mystérieuse tout était noir autour de nous. Parfois seulement un cri rauque se faisait entendre, puis des battements d'ailes, et je voyais passer, comme une flèche au-dessus de nos têtes, la forme sombre