APHILIPPEVILLEETBONE. [9 jour une pauvre négresse, qui ne possédait pour tout bien qu'une chèvre, la vit emporter par un lion; la malheureuse créature, hors d'elle-même, poursuit le ravisseur, l'accable d'imprécations, lui rappelle la noblesse de caractère qui fait sa gloire, l'accuse de tacheté, lui qui dépouille de son unique fortune une misérable femme, tandis qu'il pourrait si facilement se procurer du gibier de la forêt. Le lion, paraît-il, fut sensible aux reproches; il eut honte d'une conduite aussi peu digne, et lâcha la chèvre que la négresse emporta triomphalement, tandis qu'il s'éloignait de son pas grave et majes- tueux. Le colon qui nous avait montré ces traces intéressantes me dit qu'il avait souvent aperçu le lion de loin, mais sans jamais avoir été attaqué; et le jeune Maure qui nous accompagnait nous raconta qu'un jour il se dirigeait vers une source pour y aller boire, lorsqu'il aperçut un lion couché à côté de l'eau. Le monstre, en l'apercevant sou- leva lentement sa tête massive, ouvrit une gueule menaçante, et remua une patte notre ami n'eut rien de plus pressé que de faire un demi-tour à gauche et de s'éloigner, pendant que l'animal se recouchait tranquillement. Aussi le gouvernement ne donne- t-il qu'une prime de cinquante francs à celui qui tue un lion, tandis que la prime est de cent francs pour la panthère, bête bien plus dangereuse parce qu'elle attaque l'homme sans y être poussée par la faim, et le plus souvent traîtreusement, par exemple en s'élançant sur lui, du haut d'un arbre d'où elle le guettait à son insu. Si le lion est peu redoutable