A PHILIPPEVILLE ET BONE. 17 rons. Nous suivions la grande route de Constantine, qui est large, bien entretenue, bordée de distance en distance de petites huttes en feuillage qui servent aux cantonniers pour les mettre à l'abri du soleil et de la pluie, mais qui dans l'origine avaient abrité des gardes de nuit arabes, chargés de veiller à la sûreté de la route et de recueillir les voyageurs attardés pour les faire coucher à côté d'eux, et les préserver ainsi des nombreux vols et assassinats qui se commettaient alors tous les jours. Je pus me faire une idée de l'importance du commerce qui lie Constantine et Philippeville par les files de grosses charrettes que nous rencontrions à chaque instant, conduites par des rouliers fran- çais, attelées de forts chevaux arabes semblables à nos percherons ou de mulets vigoureux, et chargées les unes de tonneaux de vin ou de liqueurs, les autres de blé ou de fruits; et par les nombreuses caravanes de chameaux occupées aussi à ces trans- ports sous la direction de guides arabes, et formant, pour ainsi dire, le roulage autochthone du pays. Je ne parle pas des indigènes qui parcouraient la route en tous sens dans leurs burnous blanc sale, les uns a pied, les autres à cheval ou bien à dos d'âne ou de mulet, mais tous chargés de provisions destinées à la consommation de Philippeville; parmi eux se trouvaient quelquefois des femmes aussi misérable- ment vêtues que les hommes, mais ayant, contre mon attente, la figure découverte; le voile n'est en usage que chez les femmes des villes. Nous montions à pied une côte peu élevée pour