16 DE MARSEILLE Le premier était un jeune Français employé dans une des grandes exploitations de liège des environs, où il avait sous sa direction de nombreux ouvriers kabyles; ceux-ci, après que le travail est terminé s'en retournent chez eux avec le petit pécule qu'ils ont amassé, pour revenir l'année suivante au moment convenable, comme le font chez nous les savoyards ou les limousins. Le pauvre garçon sounrait de la fièvre et parlait peu; il allait voir ses parents colons à Jemmapes. A côté de lui se trouvait un autre Français d'environ trente- cinq ans, à l'aspect mâle et énergique, grand chas- seur du reste, et portant avec lui un fusil à deux coups; un vrai pionnier, en un mot, tel qu'on se représente Bas-de-Cuir ou l'un de ses successeurs it cultivait une concession qu'il avait obtenue près de Jemmapes. Mon troisième compagnon. jeune Maure, habitté à l'européenne, très-bavard d'ailleurs, et journalier ou commissionnaire de son état, était ie~ type des indigènes que nous avons transformés en les civilisant, leur donnant tous nos vices, sans pou- voir leur communiquer nos qualités; il parlait avec complaisance da cabaret où il allait s'enivrer d'habi- tude en compagnie d'Européens, du billard, des cartes, etc.; il avait adopté nos jurons les plus énergiques et les employait très à propos pour don- ner plus de force à son langage tout à fait provençal d'accent et d'expressions. Nous eûmes bientôt fait connaissance, et mes compagnons de route me donnèrent des renseigne- ments fort intéressante sur Philippeville et ses envi-