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A PHILIPPEVILLE ET BONE. 13

l'autre je contemplais avec ravissement la côte éloi-
gnée de Stora, et la mer venant battre de ses vagues
impétueuses lesrochers du rivage. Le soleil couchant
colorait de ses reflets changeants et mystérieux
cette scène imposante qui revêtait successivement
toutes les teintes du plus admirable arc-en-ciel.
Nos couchers de soleil en Europe sont tristes et
molmes à côté de ce spectacle; à peine pourrait-on
lui comparer ce qu'on voit de pareil dans les Alpes,
et près du Mont-Blanc ou du Mont-Rose.

Je restai longtemps dans une contemplation
muette: enfin l'obscurité m'avertit qu'il était temps
de quitter le sentier solitaire que j'avais suivi, et
de rentrer. De retour à l'hôtel, j'eus le plaisir en
dînant d'entendre les récits animés que faisaient
à leurs camarades attablés avec eux les nombreux
officiers récemment arrivés de la guerre d'Italie. Je
descendis ensuite sur le quai j'admirai encore à
la clarté alternative du gaz et de la lune la mer écu-
mante et ses flots bruyants puis je parcourus les
différentes rues de la ville partout je voyais les
gens assis tranquillement sur les trottoirs, humant
à pleine poitrine l'air frais et embaumé du soir; et
comme c'était dimanche, les cafés et les cabarets
étaient remplis; de nombreuses salles de danse rece-
vaient des flots pressés de valseurs et de valseuses,
la plupart allemands. On a l'air de s'amuser beau-
coup à Philippeville, et les guinguettes, surtout
celles en plein air, m'ont paru aussi nombreuses
que bien achalandées.

Du reste la ville en elle-même ne m'a guère plu.
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