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TUNIS ET CARTHAGE.

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les marchands des deux peuples! Quelle différence
même d'aspect entre les rues occupées par les ba-
zars des musulmans, et celles qui sont réservées
exclusivement au commerce juif! Autant les unes
respirent un air de sommeil et de léthargie, autant
les autres sont animées. Tandis que le marchand
maure se fait prier pour vous vendre quelque chose
et vous regarde à peine de son oeil éteint et som-
nolent, le marchand juif épie vos moindres regards,
devine vos moindres désirs. )t vous a déjà aperçu
de loin, d'un bout de la rue à l'autre; il vous sur-
veille, il vous fait signe, il vous appelle, il vous
offre sa marchandise, il la vante, il fait l'article, en
un mot, aussi bien que le meilleur vendeur de
Paris. Aussi ne faut-il pas s'étonner que les juifs, à
Tunis, amassent des fortunes immenses qu'ils
soient devenus les banquiers du pays, et aient
par suite, régulièrement et à la moindre occasion,
à subir les exactions du gouvernement et la haine
de la population. On les traite encore comme en
Europe au moyen âge, et quand on a besoin d'ar-
gent, on leur en prend.

J'ai déjà dit que les rues de Tunis sont extrême-
ment étroites. Mais ce n'est pas tout outre la cir-
culation humaine qui est considérable, i! y a un
va-et-vient continuel de chevaux, de mulets et
d'ânes, avec ou sans cavaliers. N'étant pas ferrés,
ils ne font pas le moindre bruit et passent à vos
côtés, en vous laissant à peine le temps et la place
de les éviter. Heureusement que toutes ces bêtes
sont très-pacifiques, car le moindre coup de pied
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