LA MAKË AU HtABLE. i4 des âmes simples et jetait un regard de contentement paternel sur son enfant, qui se retournait pour lui sou- rire. Puis la voix mâle de ce jeune père de famille entonnait le chant solennel et mélancolique que l'an- tique tradition du pays transmet, non pas & tous les laboureurs indistinctement, mais aux plus consommés dans l'urt d'exciter et de soutenir l'ardeur des bœufs de travail. Ce chant, dont l'origine fut peut-être consi- dérée comme sacrée, et auquel de mystérieuses in- fluences ont dû être attribuées jadis, est réputé encore aujourd'hui posséder la vertu d'entretenir le courage de ces animaux, d'apaiser leurs mécontentements et de charnier l'ennui de leur longue besogne. Il ne sunit pas de savoir bien les conduire en traçant un sillon parfaitement rectiligne, de leur alléger la peine en soulevant ou enfonçant à point le fer dans la terre on n'est point un parfait laboureur si on ne sait chanter aux bœufs, et c'est là une science à part qui exige un goût et des moyens particuliers. Ce chant n'est, a vrai dire, qu'une sorte do réci- tatif interrompu et repris & volonté. Sa forme irré- guliere et ses intonations fausses selon les règles de l'art musical le rendent intraduisible. Mais ce n'en est pas moins un beau chant, et tellement approprié a la nature du travail qu'il accompagne, à l'allure du bœuf, au calme des lieux agrestes, à la simplicité des hommes qui le disent, qu'aucun génie étranger au travail de