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LA MAKË AU HtABLE.

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des âmes simples et jetait un regard de contentement
paternel sur son enfant, qui se retournait pour lui sou-
rire. Puis la voix mâle de ce jeune père de famille
entonnait le chant solennel et mélancolique que l'an-
tique tradition du pays transmet, non pas & tous les
laboureurs indistinctement, mais aux plus consommés
dans l'urt d'exciter et de soutenir l'ardeur des bœufs
de travail. Ce chant, dont l'origine fut peut-être consi-
dérée comme sacrée, et auquel de mystérieuses in-
fluences ont être attribuées jadis, est réputé encore
aujourd'hui posséder la vertu d'entretenir le courage
de ces animaux, d'apaiser leurs mécontentements et de
charnier l'ennui de leur longue besogne. Il ne sunit
pas de savoir bien les conduire en traçant un sillon
parfaitement rectiligne, de leur alléger la peine en
soulevant ou enfonçant à point le fer dans la terre on
n'est point un parfait laboureur si on ne sait chanter
aux bœufs, et c'est une science à part qui exige un
goût et des moyens particuliers.

Ce chant n'est, a vrai dire, qu'une sorte do réci-
tatif interrompu et repris & volonté. Sa forme irré-
guliere et ses intonations fausses selon les règles de
l'art musical le rendent intraduisible. Mais ce n'en est
pas moins un beau chant, et tellement approprié a la
nature du travail qu'il accompagne, à l'allure du bœuf,
au calme des lieux agrestes, à la simplicité des hommes
qui le disent, qu'aucun génie étranger au travail de
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