LA .MARE AU DIABLE. 12 Le vieux laboureur travaillait lentement, en silence, sans efforts inutiles. Son docile attelage ne se pressait pas plus que lui; mais grâce à la continuité d'un labeur sans distraction et d'une dépense de forces éprouvées et soutenues, son sillon était aussi vite creusé que celui de son fils, qui menait, & quelque distance, quatre bœufs moins robustes, dans une veine de terres plus fortes et plus pierreuses. Mais ce qui attira ensuite mon attention était véri- tablement un beau spectacle, un noble sujet pour un peintre. A l'autre extrémité de la plaine labourable, un jeune homme de bonne mine conduisait un atte- lage magnifique quatre paires de jeunes animaux a robe sombre mêlée de noir fauve & reflets de feu, avec ces têtes courtes et frisées qui sentent encore le tau- reau sauvage, ces gros yeux farouches, ces mouve- ments brusques, ce travail nerveux et saccadé qui s'irrite encore du joug et de l'aiguillon et n'obéit qu'en frémissant de colère & la domination nouvellement imposée. C'est ce qu'on appelle des bœufs /)'/ï~7«'H:~ h'< L'homme qui les gouvernait avait & défricher un coin naguère abandonné au pâturage et rempli de souches séculaires, travail d'athlète auquel suflisaient à peine son énergie, sa jeunesse et ses huit animaux quasi indomptés. Un enfant de six & sept ans, beau comme un ange, et les épaules couvertes, sur sa blouse, d'une peau