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LA MARE AU DIABLE. 9

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liberté dans l'exercice de sa force intelligente, aurait
le temps de vivre par le cœur et par le cerveau, de
comprendre son œuvre et d'aimer celle de Dieu. L'ar-
tiste a des jouissances de ce genre dans la contem-
plation et la reproduction des beautés de la nature
mais, en voyant la douleur des hommes qui peuplent
ce paradis de la terre, l'artiste au cœur droit et humain
est troublé au milieu de sa jouissance. Le bonheur
serait l'esprit, le coeur et les bras travaillant de
concert sous l'œil de la Providence, une sainte har-
monie existerait entre la munificence de Dieu et les
ravissements de l'âme humaine. C'est alors qu'au lieu
de la piteuse et affreuse Mort, marchant dans son
sillon, le fouet a la main, le peintre d'allégories pour-
rait placer à ses côtés un ange radieux, semant a
pleines mains le blé béni sur le sillon fumant.
Et le rêve d'une existence douce, libre, poétique,
laborieuse et simple pour l'homme des champs n'est
pas si difficile à concevoir qu'on doive le reléguer
parmi les chimères. Le mot triste et doux de Virgile
« 0 heureux l'homme des champs, s'il connaissait son
bonheur! » est un regret; mais, comme tous les regrets,
c'est aussi une prédiction. Un jour viendra le labou-
reur pourra être un artiste, sinon pour exprimer (ce
qui importera assez peu alors), du moins pour sentir
le beau. Croit-on que cette mystérieuse intuition de la
poésie ne soit pas en lui déjà il l'état d'instinct et de
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