LIVRE T. 57 Y renouvelle ses présents Quatre fois au moins tous les ans. Que tout y naisse sans culture. Toujours fraîcheur, toujours verdure, Toujours l'haleine et les soupirs D'une brigade de zéphyrs. Psyché ne se promenoit au commencement que dans les jardins, n'osant se fier aux bois; bien qu'on l'assurât qu'elle n'y rencontreroit que les Dryades, et pas un seul Faune. Avec le temps elle devint plus hardie. Un jour que la beauté d'un ruisseau l'avoit attirée, elle se laissa conduire insensiblement aux replis de l'onde. Après bien des tours elle parvint à sa source. C'étoit une grotte assez spacieuse, où, dans un bassin taillé par les seules mains de la nature, couloit le long d'un rocher une eau argentée, et qui par son bruit invitoit à un doux sommeil. Psyché ne se put tenir d'entrer dans la grotte. Comme elle en visitoit les recoins, la clarté, qui alloit toujours en diminuant, lui faillit enfin tout-à-coup. Il y avoit certaine- ment de quoi avoir peur; mais elle n'en eut pas le loisir une voix qui lui étoit familière l'assura d'abord; c'étoit celle de son époux. Il s'approcha d'elle, la fit asseoir sur un siège couvert de mousse, se mit à ses pieds, et après lui avoir baisé la main, il lui dit en soupirant Faut-il que je doive a la beauté d'un ruisseau une si agréable rencontre? pour- quoi n'est-ce pas à l'amour? Ah! Psyché! Psyché! je vois