PSYCHÉ. 22 fort lugubres. Les peuples voisins, étonnés de la nouveauté d'un tel appareil, ne savoient que conjecturer. Ceux chez qui le convoi passoit l'accompagnoicnt par honneur jusqu'aux limites de leur territoire, chantant des hymnes à la louange de Psyché leur jeune déesse, et jonchant de roses tout le chemin, bien que les maîtres de cérémonies leur criassent que c'étoit offenser Vénus mais quoi les bonnes gens ne pouvoient retenir leur zele. Après une traite de plusieurs jours, lorsque l'on com- mençoit à douter de la vérité de l'oracle, on fut étonné qu'en côtoyant une montagne fort élevée, les chevaux, bien qu'ils fussent frais et nouveaux repus, s'arrêtèrent court, et quoi qu'on pût faire, ils ne voulurent point passer outre. Ce fut là que se renouvelèrent les cris; car on jugea bien que c'étoit le mont qu'entendoit l'oracle. Psyché descendit du char, et s'étant mise entre l'un et l'autre de ses parents, suivie de la troupe, elle passa dans un bois assez agréable, mais qui n'étoit pas de longue éten- due. A peine eurent-ils fait quelque mille pas, toujours en montant, qu'ils se trouverent entre des rochers habités par des dragons de toutes espèces. A ces hôtes près, le lieu se pouvoit bien dire une solitude, et la plus effroyable qu'on pût trouver. Pas un seul arbre, pas un brin d'herbe, point d'autre couvert que ces rocs, dont quelques uns avoient des pointes qui avançoient en forme de voûte, et qui, ne te- nant presque à rien, faisoient appréhender à nos voyageurs