LIVRE 1. 21 ôtât pour l'abandonner à un monstre. I! fallut pourtant obéir. En ce temps-ià les oracles étoient maîtres de toutes choses; on couroit au devant de son malheur propre, de crainte qu'ils ne fussent trouvés menteurs tant la supersti- tion avoit de pouvoir sur les premiers hommes! La difficulté n'étoit donc plus que de savoir sur quelle montagne il falloit conduire Psyché. L'infortunée fille éciaircit encore ce doute. Qu'on me mette, dit-elle, sur un chariot sans cocher ni guide, et qu'on laisse aller les chevaux à leur fantaisie; le sort les guidera infailliblement au lieu ordonné. Je ne veux pas dire que cette Belle, trouvant à tout des expédients, fût de l'humeur de beaucoup de filles, qui aiment mieux avoir un méchant mari que de n'en point avoir du tout. Il y a de l'apparence que le désespoir plutôt qu'autre chose lui faisoit chercher ces facultés. Quoi que ce soit, on se résout à partir. On fait dresser un appareil de pompe funèbre pour satisfaire à chaque point de l'oracle. On part enfin et Psyché se met en chemin sous la conduite de ses parents. La voilà sur un char d'ébene, une urne auprès d'elle, la tête penchée sur sa mere; son père marchant à côté du char, et faisant autant de soupirs qu'il faisoit de pas; force gens à la suite vêtus de deuil; force ministres de funéraH)es; force sacrificateurs portant de longs vases et de longs cornets dont ils entonnoient des sons