PSYCHE. 18 C'est ce qu'on n'étoit pas résolu de faire loin de cela, quelques personnes dirent à la belle que la jalousie de Vénus lui étoit un témoignage bien glorieux, et que ce n'étoit pas être trop malheureuse que de donner de l'envie à une déesse, et à une déesse telle que celle-là. Psyché eût voulu que ces fleurettes lui eussent été dites par un amant. Bien que sa ncrté l'empêchât de témoigner aucun déplaisir, elle ne laissoit pas de verser des pleurs en secret. Qu'ai-je fait au fils de Yénus? disoit-elle souvent en soi-même; et que lui ont fait mes sœurs, qui sont si con- tentes ? Elles ont eu des amants de reste; moi qui croyois être la plus aimable, je n'en ai plus. De quoi me sert ma beauté? Les dieux en me la donnant ne m'ont pas fait un si grand présent que l'on s'imagine je leur en rends la meil- leure part; qu'ils me laissent au moins un amant il n'y a fille si misérable qui n'en ait un la seule Psyché ne sau- roit rendre personne heureux; les cœurs que le hasard lui a donnés, son peu de mérite les lui fait perdre. Comment me puis-je montrer après cet affront? Va, Psyché, va te cacher au fond de quelque désert; les dieux ne t'ont point faite pour être vue, puisqu'ils ne t'ont pas faite pour être aimée. Tandis qu'elle se plaignoit ainsi, ses parents ne s'affli- geoient pas moins de leur part; et ne pouvant se résoudre à la laisser sans mari, ils furent contraints de recourir à l'oracle. Voici la réponse qui leur fut faite, avec la glose que les prêtres y ajoutèrent.