LIVRE I. 17 fût le vouloir des dieux, soit par une vengeance particulière de Cupidon. On avoit encore de la vénération, du respect, de l'admiration pour elle, si vous voulez; mais on n'avoit plus de ce qu'on appelle amour cependant c'est la véritable pierre de touche à quoi l'on juge ordinairement des charmes de ce beau sexe. Cette solitude de soupirants près d'une personne du mé- rite de Psyché fut regardée comme un prodige, et fit craindre aux peuples de la Grece qu'il ne leur arrivât quelque chose de fort sinistre. En effet il y avoit de quoi s'étonner de tout temps l'empire de Cupidon aussi bien que celui des flots a été sujet à des changements; mais jamais il n'en étoit arrivé de semblable, au moins n'y en avoit-il point d'exemples dans ces pays. Si Psyché n'eût été que belle, on ne l'eût pas trouvé si étrange; mais, comme j'ai dit, outre la beauté qu'elle pos- sédoit en un souverain degré de perfection, il ne lui man- quoit aucune des grâces nécessaires pour se faire aimer on lui voyoit un million d'amours, et pas un amant. Après que chacun eut bien raisonné sur ce miracle, Vé- nus déclara qu'elle en étoit cause; qu'elle s'étoit ainsi vengée par le moyen de son fils; que les parents de Psyché n'a volent qu'à se préparer a d'autres malheurs, parceque son indigna- tion dureroit autant que la vie, ou du moins autant que la beauté de leur fille; qu'ils auroient beau s'humilier devant ses autels, et que les sacrifices qu'ils lui feroient seroient inutiles, à moins que de~tt~acrifler Psyché même. 3 '~Ë~