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LIVRE I.

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fût le vouloir des dieux, soit par une vengeance particulière
de Cupidon. On avoit encore de la vénération, du respect,
de l'admiration pour elle, si vous voulez; mais on n'avoit
plus de ce qu'on appelle amour cependant c'est la véritable
pierre de touche à quoi l'on juge ordinairement des charmes
de ce beau sexe.

Cette solitude de soupirants près d'une personne du mé-
rite de Psyché fut regardée comme un prodige, et fit craindre
aux peuples de la Grece qu'il ne leur arrivât quelque chose
de fort sinistre. En effet il y avoit de quoi s'étonner de tout
temps l'empire de Cupidon aussi bien que celui des flots a été
sujet à des changements; mais jamais il n'en étoit arrivé de
semblable, au moins n'y en avoit-il point d'exemples dans
ces pays. Si Psyché n'eût été que belle, on ne l'eût pas trouvé
si étrange; mais, comme j'ai dit, outre la beauté qu'elle pos-
sédoit en un souverain degré de perfection, il ne lui man-
quoit aucune des grâces nécessaires pour se faire aimer on
lui voyoit un million d'amours, et pas un amant.
Après que chacun eut bien raisonné sur ce miracle, Vé-
nus déclara qu'elle en étoit cause; qu'elle s'étoit ainsi vengée
par le moyen de son fils; que les parents de Psyché n'a volent
qu'à se préparer a d'autres malheurs, parceque son indigna-
tion dureroit autant que la vie, ou du moins autant que la
beauté de leur fille; qu'ils auroient beau s'humilier devant
ses autels, et que les sacrifices qu'ils lui feroient seroient
inutiles, à moins que de~tt~acrifler Psyché même.

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