LIVRE I. 13 que par les états de leur pere. Les deux aînées eussent pu passer pour les plus belles filles du monde si elles n'eussent point eu de cadette mais véritablement cette cadette leur nuisoit fort. Elles n'avoient que ce défaut-la défaut qui étoit grand, à n'en point mentir; car Psyché, c'est ainsi que leur jeune sœur s'appeloit, Psyché, dis-je, possédoit tous les appas que l'imagination peut se figurer, et ceux où l'imagination même ne peut atteindre. Je ne m'amuserai point à chercher des comparaisons jusque dans les astres pour vous la représenter assez dignement c'étoit quelque chose au-dessus de tout cela, et qui ne se sauroit exprimer par les lis, les roses, l'ivoire ni le corail. Elle étoit telle enfin que le meilleur poëte auroit de la peine à en faire une pareille. En cet état il ne se faut pas étonner si la reine de Cythere en devint jalouse. Cette déesse appréhendoit, et non sans raison, qu'il ne lui fallût renoncer à l'empire de la beauté, et que Psyché ne la détrônât car, comme on est toujours amoureux de choses nouvelles, chacun couroit à cette nouvelle Vénus. Cythérée se voyoit réduite aux seules îles de son domaine encore une bonne partie des Amours, anciens habitants de ces îles bienheureuses, la quittoient-ils pour se mettre au service de sa rivale. L'herbe croissoit dans ses temples, qu'elle avoit vus naguere si fréquentés plus d'offrandes, plus de dévots, plus de pélerinages pour l'honorer. Enfin la chose passa si avant