P S Y C II Ë. 2 L'envie, la malignité ni la cabale, n'avoient de voix parmi eux. Ils adoroient les ouvrages des anciens, ne refu- soient point à ceux des modernes les louanges qui leur sont dues, parloient des leurs avec modestie, et se donnoient des avis sinceres lorsque quelqu'un d'eux tomboit dans la maladie du siecle, et faisoit un livre, ce qui arrivoit rare- ment. Polyphile y étoit le plus sujet (c'est le nom que je don- nerai a l'un de ces quatre amis). Les aventures de Psyché lui avoient semblé fort propres pour être contées agréable- ment. Il y travailla long-temps sans en parler à personne. Enfin il communiqua son dessein à ses trois amis; non pas pour leur demander s'il continueroit, mais comment ils trouvoient à propos qu'il continuât. L'un lui donna un avis, l'autre un autre de tout cela il ne prit que ce qu'il lui plut. Quand l'ouvrage fut achevé, il demanda jour et rendez- vous pour le lire. Acante ne manqua pas, selon sa coutume, de proposer une promenade en quelque lieu hors la ville, qui fût éloi- gné, et où peu de gens entrassent on ne les viendroit point interrompre; ils écouteroient cette lecture avec moins de bruit et plus de plaisir. Il aimoit extrêmement les jar- dins, les fleurs, les ombrages. Polyphile lui ressembloit en cela mais on peut dire que celui-ci aimoit toutes choses. Ces passions, qui leur remplissoient le cœur d'une certaine tendresse, se répandoient jusqu'en leurs écrits, et en for-