CHAPITRE IV. et bousiller comme un tailleur la veille de Pâques, et m'est avis que les ouvrages qui se font si à la h&te ne sont jamais terminés avec la perfec- tion convenable. Dites donc a ce seigneur More, ou toute autre chose, de prendre un peu garde à, ce qu'il fait, car moi et mon seigneur nous lui mettrons tant de mortier sur sa truelle, en matière d'aventures et d'évé- nements de toute espèce, qu'il pourra construire, non-seulement une se- conde, mais cent autres parties. Le bon homme s'imagine sans doute que nous sommes ici à dormir sur la paille. Eh bien qu'il vienne nous tenir les pieds à la forge, et il verra duquel nous sommes chatouilleux. Ce que je sais dire, c'est que, si mon seigneur prenait mon conseil, nous serions déjà à travers ces campagnes, défaisant des griefs et redressant des torts, comme c'est l'usage et la coutume des bons chevaliers errants. >, A peine Sancho achevait-il ces paroles, qu'on entendit les hennisse- ments de Rossinante. Don Quichotte les tint à heureux augure et ré- solut de faire une autre sortie d'ici a trois ou quatre jours. Il confla son dessein au bachelier, et lui demanda conseil pour savoir de quel cote de- vait commencer sa campagne. L'autre répondit qu'à son avis il forait bien de gagner le royaume d'Aragon, et de se rendre à la ville de Saragosse, où devaient avoir lieu, sous peu de jours, des joutes solennelles pour la fête de saint Georgo dans lesquelles il pourrait gagner renom par- dessus tous les chevaliers aragonais, ce qui serait le gagner par-dessus tous les chevaliers du monde. Il loua sa résolution comme souveraine- ment honorable et valeureuse, et l'engagea a plus de prudence, à plus de retenue pour affronter les périls, puisque sa vie n'était plus a lui, mais à tous ceux qui avaient besoin do son bras pour être protégés et secourus dans leurs infortunes. Voila justement ce qui me fait donner au diable, seigneur Samson s'écria Sancho; mon seigneur vous attaque Depuis los hennissements du cheval do Darius qui lui donnèrent h couronne de Porto, et couitduohova) do Donis-te-Tyran, qui lui promirent celle do Syracuse, )M faiseurs do pronostics ont toujours donné a cet augure un sens favorable. Il était naturel que Don Quichotte tirât te mémo p)'o::){j0 dos hennissements do Rossinante, lesquels si- gnifiaient sans doute qu'on laissait passer t'hourc do la ration d'orge. L'Aragon était sous le patronage do saint Georges, depuis la bataitto d'Ateoraz, gagnée par Pierre I<" sur )os Mores, on < 096. Une confrérie de chevaliers s'était formée a Samgosso pour donner des joutes trois fois ['an, en ('honneur du saint. On appelait ces joutes~MfH del t!)'M.