t8 h D0\ QUICHOTTE et beaucoup d'autres que je pourrais nommer encore, seigneur cure, furent des cheva)iers errants lumière et gloire de la chevalerie. C'est de ceux-là, ou semblables ù ceux-là, que je voudrais que fussent les cheva- liers de ma proposition au roi; s'ils l'étaient, sa majesté serait bien ser- vie, épargnerait de grandes dépenses, et le Turc resterait a s'arracher la barbe. Avec tout cela, il faut bien que je reste dans ma loge puisque le chapelain lie veut pas m'en tirer; et si Jupiter, comme a dit le barbier, ne veut pas qu'il pleuve, je suis ici, moi, pour faire pleuvoir quand il m'en prendra fantaisie; et je dis cela pour que )o seigneur Dat-a-liarbo sache que je )o comprends. –En vérité, seigneur Don Quichotte, répondit le barbier, je ne par- lais pas pour vous déplaire, et que Dieu m'assiste autant que mon inten- tion fut bonne. Votre grâce ne doit pas se fâcher. Si je dois me fâcher ou non, répliqua Don Quichotte, c'est il moi de le savoir. n Alors le curé prenant la paroie Hien que je n'aie presque pas encore ouvert la bou- elle, dit-i), je ne voudrais pas conserver un serupu)e qui me tourmente et me ronge la conscience, et qu'a fait nallre en moi ce que vient de dire le seigneur Don Quichotte. Pour bien d'autres choses io seigneur curé a pleine permission, répondit Don Quichotte; il peut donc exposer son scrupule, car il n'est pas agréable d'avoir la conscience bourrelée. Eh bien donc, reprit le curé, avec ce sauf-conduit, je dirai que mon scru- pu)e est que je ne puis me persuader en aucune façon que cette multitude de chevaliers errants dont votre grâce, seigneur Don Quichotte, vient de faire mention, aient été reettementot véritablement des gens de chair et d'os vivant dans ce monde; j'imagine, au contraire, que tout cela n'est que notion, fable, mensonge, rêves contés par des hommes éveiiics, ou, pour mieux dire, à demi dormants. Ceci est une autre erreur, ré- pondit Don Quichotte, dans laquelle sont tombés un grand nombre de gens qui ne croient pas qu'il y ait eu de tels chevaliers au monde. Quant a moi, j'ai cherche bien souvent, avec toutes sortes de personnes et en toutes sortes d'occasions, a faire tuire )a lumière de la vérité sur cette illusion presque gf'm'rate. Quelquefois je n'ai pu réussir; d'autres fois je suis venu & bout de mon dessein en t'appuyant sur les bases de)a vérité. Cette vérité est si manifeste, que je serais tctn6 de dire que j'ai vu, de mes propres yeux, Amadis de Haute que c'était un homme haut de taille, blanc de visage la barbe bien ptautec, quoique noire, et le regard moitié doux, moitié sévère, bref dans ses propos, lent à se mettre en cotcre et prompt a s'apaiser. De la même manière que je viens d'csquis-