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16 DONQUtCHOTTE.

tune, le père et le dieu des eaux, je ferai tomber la pluie chaque fois qu'il
me plaira et qu'il en sera besoin. » A cela, le chapelain répondit Tou-
tefois, seigneur Neptune, il ne convient pas de fâcber le seigneur Jupi-
ter. Que votre grâce demeure en sa loge; une autre fois, quand nous
aurons mieux nos aises et notre temps, nous reviendrons vous chercher. »
Le recteur et les assistants se mirent à rire, au point de faire presque
rougir le chapelain. Quant au licencié, on le déshabilla, puis on ]e remit
dans sa loge; et le conte est uni. x

a C'est donc ià, seigneur barbier, reprit Don Quichotte, ce conte qui
venait si bien à point, qu'on ne pouvait se dispenser de nous le servir ?
Ah! seigneur du rasoir, seigneur du rasoir, combien est aveugle celui
qui ne voit pas à travers la toile du tamis Est-it possible que votre grâce
ne sache pas que les comparaisons qui se font d'esprit à esprit, de cou-
rage à courage, de beauté à beauté, et de noblesse à noblesse sont tou-
jours odieuses et mal reçues? Pour moi, seigneur barbier, je ne suis pas
Neptune, le dieu des eaux, et n'exige que personne me tienne pour
homme d'esprit, no l'étant pas; seulement je me fatigue à faire com-
prendre au monde la faute qu'il commet on ne voulant pas renouveleren lui
t'heureux temps florissait la chevalerie errante. Mais notre âge déprave
n'est pas digne do jouir du bonheur ineffable dont Jouirent les âges on
les chevaliers errants prirent à charge et à tache la défense des royaumes,
la protection des demoiselles, l'assistance des orphelins, le châtiment des
superbes et la récompense des humbles. La plupart dos chevaliers qu'on
voit aujourd'hui font plutôt bruire le satin, le brocart et lés riches étoffes
dont ils s'habillent, que la cotte de mailles dont ils s'arment. II n'y a plus
un chevalier qui dorme en plein champ, exposé à la rigueur du ciel,
armé do toutes pièces do la tête aux pieds; il n'y en a plus un qui, sans
quitter l'élrier et appuyé sur sa lance, ne songe qu'à tromper le som-
meil, comme faisaient les chevaliers errants. Il n'y en a plus un qui sorte
de ce bois pour pénétrer dans cette montagne; puis qui arrive sur une
plage stérile et déserte, bat la mer furieuse, et, trouvant amarré au
rivage un petit bateau sans rames, sans voiles, sans gouvernail, sans
ngrès, s'y jette d'un cœur intrépide, et se livre aux flots implacables
d'une mer sans fond, qui tantôt i'étevent au ciel et tantôt l'entratnent
dans t'abtme; tandis que lui, toujours affrontant la tempête, se trouve
tout à coup, quand il y songe le moins, à plus de trois mille lieues de
distance de l'endroit il s'est embarqué, et, sautant sur une terre in-
connue, rencontre des aventures dignes d'être écrites, non sur le par-
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