CHAPITRE 1. n'en serait pas moins devenu fou. Au bout de quelques années de réclu- sion, ce licencié s'imagina qu'il avait recouvré le jugement et possédait le plein exercice de ses facultés. Dans cette idée, ii écrivit à l'archevêque, en le suppliant avec instance, et dans les termes les plus sensés, de le tirer de la misère où il vivait, puisque Dieu, dans sa miséricorde, lui avait fait la grâce de lui rendre la raison. H ajoutait que ses parents, pour jouir de son bien, le tenaient enfermé, et voulaient, en dépit de la vérité, qu'il restât fou jusqu'à sa mort. Convaincu par plusieurs billets très-sen- sés et très-spirituels, l'archevêque chargea un de ses chapelains de s'in- former, auprès du recteur del'hôpital,si ce qu'écrivait ce licencié était bien exact, et même de causer avec le fou, aun que, s'il lui semblait avoir recouvré l'esprit, il le tirât de sa toge et lui rendit la liberté. Le chape- lain remplit sa mission et le recteur lui dit que cet homme était encore fou; que, bien qu'il parlât maintes fois comme une personne d'intelli- gence rassise, il éclatait à la un en telles extravagances, qu'elles éga- laient par le nombre et la grandeur tous les propos sensés qu'il avait tenus auparavant, comme on pouvait, au reste, s'en assurer en conver- 1 sant avec lui. Le chapelain voulut faire l'expérience il alla trouver le fou, et l'entretint plus d'une heure entière. Pendant tout ce temps le fou ne laissa pas échapper un mot extravagant ou méme équivoque; au con- traire, il paria si raisonnablement que le chapelain fut obligé de croire qu'il était totalement guéri. Entre autres choses, lo fou accusa le recteur do l'hôpital. II me garde rancune, dit-il, et me dessert, pour ne pas perdre les cadeaux que lui font mes parents afin qu'ii dise que je suis encore fou, bien qu'ayant des intervalles lucides. Le plus grand ennemi que j'aie dans ma disgrâce, c'est ma grande fortune, cor, pour en jouir, mes héritiers portent un faux jugement et révoquent en doute la grâce que le Seigneur m'a faite, en me rappelant do l'état de brute à l'état d'homme. » Finalement, le fou parla de telle sorte qu'il rendit !e recteur suspect, qu'il fit parattre ses parents avaricieux et dénaturés, et se mon- tra tui-méme si raisonnable que le chapelain résolut de le conduire à l'ar- chevêque pour que celui-ci reconnût et touchât du doigt la vérité de cette affaire. Dans cette croyance, le bon chapelain pria le recteur de faire rendre au licencié les habits qu'il portait à son entrée dans i'hopita). A son tour, le recteur le supplia de prendre garde à ce qu'il allait faire, car, sans nul doute, le licencié était encore fou. Mais ses remontrances et ses avis ne réussirent pas à détourner le chapelain de son idée. Le recteur obéit donc, en voyant que c'était uu ordre de l'archevêque, et l'on remit