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ET LES OUVRAGES DE CERVANTES. 47

qu'on lu! élevé une statue sur la place publique, et qu'eSacant le nom de
quelque obscur bienheureux, on grave au coin d'une petite rue Madrid ce
grand nom qui remplit le monde.

18";&

Il me reste à dire un mot sur la manière dont j'ai compris et envisagé ma
tache.

Ames yeux, la traduction d'un livre justement célèbre, d'un de ces ou-
vrages qui appartiennent moins à une littérature en particulier qu'à l'humanité
tout entière, n'est pas seulement une aËaire de goût et de style; c'est une
affaire de conscience, et j'oserais presque dire de probité. Je crois que le traduc*
teur a pour devoir strictd'appliquer incessamment ses efforts, non-seulement
à rendre le sens dans toùte sa vérité, dans toute sa rigueur, mais encore à re-
produire l'effet de chaque période, de chaque phrase et presque de chaque mot.
Je crois que, tout en respectant les règles et les exigences de sa propre langue,
il doit se plier assez aux formes du modèle, dans l'ensemble et dans le détail,
pour qu'on sente perpétuellement l'original sous la copie; qu'i! doit parvenir,
nonpointatracer,commeonl'aditsouvent, la gravure d'un tableau, c'est-à-
dire une imitation décolorée, mais à peindre une seconde fois le tableau avec
sa couleur générale et ses nuances particulières. Je crois encore que le traduc-
teur doit rejeter comme une pensée coupable, en quelque sorte comme une ten-
tation de vol ou de sacrilège, toute envie de supprimer le moindre fragment
du texte, ou d'ajouter la moindre chose de son propre &mds) il ne doit, sui-
vant le mot de Cervantès, rien omettre et rien mettre. Je crois, enun, que le
respect pour son modèle doit être porté si loin qu'il ne se croie pas même permis
de corriger une faute, non de celles de goût, 'dont il n'est pas juge, mais une
faute matérielle, une erreur de fait. Qu'il la signale, bien; mais qu'il la
laisse. Les défauts saillants ou les taches légères qui se rencontrent dans une
oeuvre importante et durable, soit qu'ils proviennent de l'époque, soit qu'ils
proviennent de l'écrivain, ont toujours leur sens et leur prix. Us appartien-
nent, sous divers points de vue, l'historien, l'artiste, au critique litté-
raire ils servent de leçon presque autant que les beautés mêmes. Qu'on les res-
pecto donc à l'égal des beautés.

La plus grande difSculté qui se rencontre pout arriver à cette fidèle et
complète reproduction de l'original, c'est la différence des idiomes, ou plutôt
ta différence que les temps, les mœurs, le goût, impriment aux idiomes de
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