ET LES OUVRAGES DE CERVANTÈS. 45 )) mettre une borne jusque ce que je baise les pieds do votre excellence. Peut- o être que la joie de vous revoir bien portant en Espagne serait 'si grande X qu'elle me rendrait la vie. Mais s'il est décrété que je dois ]à perdre, que a la volonté des cieux s'accomplisse. Que du moins votre. excellence connaisse » ce mien désir, et sache qu'elle eut en moi un serviteur si désireux de la »servir qu'il voulut aller même au-delà de la mort pour montrer son atta- )) chement. Avec tout cela, comme en prophétie, je m'applaudis du retour de M votre excellence) je me réjouis de vous voir partout montrer au doigt, et »me réjouis plus encore de ce que se sont accomplies mes espérances ) établies x sur la renommée devos vertus. » Cette lettre, qui devrait, au dire de Los Rios, être toujours sous les yeux des grands et des écrivains, pour apprendre, aux uns la générosité, aux autres la reconnaissance, prouve au meins quelle parfaite sérénité d'âme Cervantès conserva jusqu'au dernier moment. Atteint bientôt d'une longue dé&iliance, il expira le samedi 8S avril 1616. Le docteur John Bowle a fait la remarque piquante que les deux plus beaux génies~de cette grande époque, tous deux méconnus de leurs contemporains et vengés tous deux par ta postérité, Miguel de Cervantes et William Shakspeare, étaient morts précisément le même jour. On trouve, en effet, dans les bio- graphies de Shakspeare, qu'il décéda le 23 avril 1616. Mais il faut prendre garde que les Anglais n'adoptèrent le calendrier grégorien qu'en ~7S4, et qu'ils furent jusque-là en retard des Espagnols pour les dates, comme les Russes le sont aujourd'hui du reste de l'Europe. Shakspeare a donc survécu douze jours à Cervantès. Par son testament, où il nommait pour exécuteurs dé ses volontés («~acMM) sa femme Doga Catalina de Palacios Salazar, et son voisin le licencié Francisco Nu&ez, Cervantès avait ordonné qu'on l'enterrât dans un couvent de religieuses trinitaires fondé depuis quatre ans dans la rue /y et où sa fille,
Do&a Isabel de Saavedra, chassée peut-être par la pauvreté de la maison pa-
ternelle, avait récemment fait ses vceux. Il est probable que ce dernier désir
de. Cervantes fut respecté, mais, en ~63S, les religieuses ~eJZf«m
passèrent à un nouveau couvent de la rue de CaM et l'on ignore ce que
devinrent les cendres de Cervantes, dont nul tombeau, nulle pierre, nulle
inscription, n'ont pu faire découvrir la place.
Une négligence semblable a laissé périr les deux portraits qu'avaient faits de
lui Jauregui et Pacheco. Seulement une copie de l'un d'eux s'est conservée
jusqu'à nos jours. Elle est du règne de Philippe IV, la grande époque de la
peinture espagnole, et les uns l'attribuent à Alouzo del Arco,. les autres à
l'école de Vicencio Carducho, ou de Eugenio Cajès. Au reste, quel qu'en soit
l'auteur, elle répond parfaitement à la peinture que Cervantès a tracée de lui- 1
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