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44 NOTICE SUR LA VIE

l'étudiant sauta à bas de sa monture, et, lui saisissant la main entre les siennes.
« Oui, oui, s'écria-t-11, voilà le manchot sain, le fameux tout, l'écrivain
joyeux, et imalement le boute-en-train des muses, a Cervantes, qui se vit si
à l'improviste comble de caresses et d'éloges, répondit avec sa modestie ordi-
naire, et engagea l'étudiant à remonter sur sa bourrique pour achever à ses
cotes le reste de la route. « Nous retînmes un peu la bride, continue Cervantès,
et, chemin faisant, on parla de ma maladie. Le bon étudiant m'eut bientôt
condamné. « Ce mal, dit-il, est une hydropisie que ne pourra guérir toute
» l'eau de l'océan, quand vous la boiriez goutte à goutte. Que votre grâce,
» seigneur Cervantès, se mette à la ration pourboire, et n'oublie pas de bien
» manger; avec cela vous guérirez, sans autre médecine. C'est ce que bien
» des gens m'ont déjà dit, répondis-je. Mais je ne puis pas plus m'empêcher
» de boire à toute mon envie que si je n'étais pas pour autre chose. Ma
x vie va s'éteignant, et au pas des éphémérides de mon pouls, qui Bniront au
)) plus tard leur carrière dimanche prochain, je finirai celle de ma vie. Votre
» grâce est arrivée en un rude moment à faire ma connaissance, puisqu'il ne
» me reste pas assez de temps pour me montrer reconnaissant de l'intérêt que
» vous me témoignez, n En disant cela, nous arrivâmes au pont de Tolède,
que je traversai, et l'étudiant s'éloigna pour gagner celui de Ségovie. »
Ce prologue, sans suite.et sans liaison, mais du moins Cervantès mon-
trait encore.toute la gaieté de son esprit dans le portrait burlesque de l'étudiant,
avant de dire adieu à ses jo~M; amt~ fut le dernier effort de sa plume. Son
mal fit d'effrayants progrès il s'alita, et reçut l'extreme-onction le 18 8 avril.
On annonçait alors le retour prochain du comte de Lemos, qui passait de la
vice-royauté de Naples à la présidence du conseil. La dernière pensée de
Cervantes fut un sentiment de gratitude, un tendre souvenir à son protecteur.
Presque mourant, il dicta la lettre suivante, que je traduis mot pour mot
« Ces anciens couplets, qui furent célèbres en leur temps, et qui commen-
» cent ainsi, Ze pied J f~ne~ je voudrais qu'ils ne vinssent pas si
a à propos dans cette mienne épître. Car, presque avec les mêmes paroles, je
» puis commencer en disant:

» Le pied déjà dans ~e'(r avec les angoisses la mort, grand sei-
gneur, je <'ecrM eeKe-Ct

» Hier on m'a donné l'extreme-onction, et aujourd'hui je vous écris ce
M billet. Le temps est court, l'angoisse s'accroît, l'espérance diminue, et avec
a tout cela je porte la vie sur le désir que j'ai de vivre; et je voudrais y
PaMto ya el pte en e! ettrfto,

Con tM onstM de la muerte,

Gran Mta te Mcrtbo.
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