43 NOTICE SU~ LA. VIE
gémeux qu'employait Cenrantes pour déguiser, sous t'cMi de l'inquisition,
des pensées trop hardies, trop moqueuses, trop profondes pour qu'elles se
montrassent à front découvert. n fallait déjà, il y a deux cents ans, lire
le Don Omc/tcKe comme ~épitaphe du licencié Pedro Gardas, et faire
comme l'étudiant du prologue de Gil ~a~, lever la pierre du tombeau pour
savoir quelle âme s'y trouvait enterrée. Maintenant surtout que les allusions
contemporaines nous échappent, le sens devient plus difficile à saisir.
les mots seuls se montrent, l'idée se cache, et les Espagnols eux-mêmes
n'entendent plus tout leur livre. Il faut une clef) or, cette clef ne se trouve
que dans les commentaires tout récents de Bowle, de Pellicer, de l'académie
espagnole, deFernandexNavarrette, deLosRios.deArrieta.deCIémencin.
Nul traducteur n'avait encore pu profiter de leurs annotations pour comprcn-*
dre Cervantès et le faire comprendre. Un tel secours était nécessaire, indis-
pensable. C'est, d'une part, avec l'aide de ces précieux travaux, do l'autre,
avec la conscience des fautes et des imperfections de mes devanciers, que
j'ose à mon tour lutter contre un si n<~e ;o:< et, joignant pour la pre.
miere fois le commentaire au texte, rendre à l'auteur du Don Qm'cAoMe
l'hommage auquel se préparait dès longtemps mon admiration passionnée.
Travaillant, à soixante ans passés, avec toute l'ardeur et toute la verve Ie
d'un jeune homme, Cervantès menait de front plusieurs écrits de longue
haleine. Dans cette dédicace si noble et si digne qu'il adressait, au mois
d'octobre ') avec la seconde partie du Don QMi'c/ à son protec-
teur le comte de Lcmos, il lui annonçait l'envoi prochain de son autre roman,
Pe~ et Sigismonde ( Los trabajos do JPe~t~ Ag~matt~). Il
avait également promis, en d'autres occasions, la seconde partie de la Ca~<<'e
et deux ouvrages nouveaux dont on ignore l'espèce, le Bernardo et les Se-
M dit Jardin ( Las &m J«r<~ ). Do ces trois derniers il
n'est pas resté même un fragment. Quant au Pet'jt7M, il fut publié par sa
veuve, en ~6~7. Chose étrange Dans l'Instant mémo où Cervantès tuait !o
roman chevaleresque sous les traits de sa raillerie, et de la mémo plume j
qui lançait ces traits meurtriers, il écrivait un roman presque aussi extra- f
vagant que ceux qui avaient brouillé la cervelle de son Hidalgo. Il faisait à
la fois la censure et l'apologie, Imitant ceux qu'il Marnait, et tombant tout
le premier dans le péché qu'il frappait d'anathème. Chose non moins étrange! 1
C'est à cette œuvre informe qu'il réservait ses éloges et sa prédilection sem-
hlable à ces pères auxquels une tendresse aveugle fait préférer le fruit ma-
ladif de leur vieillesse i( ses robustes aînés. Parlant du Dott Qt«e/ avec
modestie, presque avec embarras, il annonçait pompeusement au monde la
merveille du Per~M. C'était Corneille mettant ~Vt't'ome~e plus haut que
C«HM. Ce roman de Persilès et &'gMmw!~a, qu'on ne sait à quoi comparer,
ni dans quel genre classer, car il réunit tous les genres sans appartenir à
~J
Source: gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, département Réserve des livres rares, Rés. m-Y2-1043 (1)