ET LES OUVRAGES DE CERVANTES. 30 sdnct borné, mais sur, le bon sens inné, la droiture naturelle, quand l'in- térêt ne la trouble pas, que tout homme peut recevoir en naissant, et que la.commune expérience suffit à cultiver. Don Quichotte n'a plus qu'une case Ie du cerveau malade, sa monomanie est celle d'un homme de bien que ré- volte l'injustice, qu'exalte la vertu; II rêve encore a se faire le consola- teur del'afHigé, le champion du faible, l'effroi du superbe et du pervers. Sur tout le reste, il raisonne & merveille, il disserte avec éloquence; il est plus fait, comme lui dit Sancho, pour dire ~n* ~ c/MM~'er
~MHt. De soncoté, Sancho a dépouillé le vieil homme) il est fin quoique
grossier, il est malin quoique na't'f. Comme Don Quichotte n'a plus qu'un
grain de folie, lui n'a plus qu'un grain de crédulité, que justifient d'ail-
leurs l'intelligence supérieure de son mattro et l'attachement qu'il lui porte.
Alors commence un spectacle admirable. On voit ces deux hommes, de-
venus inséparables comme l'âme et le corps, s'expliquant, sa complétant
l'un par l'autre réunis pour un but à la fois noble et insensé taisant des
1 actions folles et parlant avec sagesse; exposés à la risée des gens quand ce
n'est pas à leur brutalité, et mettant en lumière les vices et les sottises de
ceux qui les raillent ou les maltraitent; excitant. d'abord la moquerie du'
lecteur, puis sa pitié, puis sa sympathie la plus vive; sachant l'attendrir
presque autant que l'égayer, lui donnant à la fois l'amusement et la leçon,
et formant enfin, par le contraste perpétuel de l'un avec l'autre, et de tous
deux avec le reste du monde, l'immuable fond d'un drame immense et tou-
jours nouveau.
C'est surtout dans la seconde partie du Don Quichotto que se montre bien
a découvert la nouvelle pensée de son autour, mûri par l'âge et l'expérience
du monde. Il n'y est question de chevalerie errante que justement as
pour continuer la première partie, pour que le même plan généra! les ré-
unisse et les embrasse. Mais ce n'est plus une simple parodie des romans
chevaleresques; c'est un livre de philosophie pratique, un recueil de maximes,
ou plutôt de paraboles, une douce et judicieuse critique de l'humanité tout
entière. Ce nouveau personnage introduit dans la familiarité du héros de la
Manche, le bachelier Samson Carraseo, n'est-il pas l'incrédulité sceptique
qui se raille de toute chose, sans retenue, sans respect? Et, pour donner un
autre exemple, qui n'a pensé, en lisant pour la première fois cette seconde
partie, que Sancho, revêtu du gouvernement de l'!Ie Bal'ataria, allait lui apprê-
ter à rire qui n'a cru que ce monarque improvisé ferait plus de folies sur
son lit de justice que Don Quichotte dans sa pénitence de la Sierra-Morcna?
On s'était trompé, et le génie do Cervantes pensait beaucoup plus loin que
le divertissement du lecteur, sans l'oublier pourtant. 11 voulait prouver que
cette science si vantée du gouvernement des hommes n'est pas le secret d'une
famille ou d'une caste, qu'elle est accessible à tous, et qu'il &ut, pour la hicn