ET LES OUVRAGES DE CERVANTES. 95
par cœur, la première partie du Don Quichotte et les Nouvelles. Leurs
éloges furent si grands que je m'ofHa à les mener voir l'auteur de ces
oeuvres, offre qu'ils reçurent avec mille démonstrations de vif désir. Ils me
questionnèrent très en détail sur son Age, sa profession, sa qualité et sa
fortune. Je fus obligé de répondre qu'il était vieux, soldat, gentilhomme
et pauvre; à cela l'un d'eux répliqua ces paroles formelles « Eh quoi
» l'Espagne n'a pas fait riche un tel homme On ne le nourrit pas aux frais
e du trésor public Alors un de ces gentilshommes, relevant cette pensée,
reprit avec beaucoup de finesse « Si c'est la nécessité qui l'oblige à écrire,
)' Dieu veuille qu'il n'ait jamais l'abondance, afin que, par ses œuvres, lui
j restant pauvre, il fasse riche le monde entier, x
La première édition du Don Quichotte, celle de ~605, avait été faite
loin des yeux de l'auteur, et sur un manuscrit de sa main, c'est-A-dire,
fort difficile à déchiSrer. Aussi fourmillait-elle de fautes. Un des premiers
soins de Cervantes, fixé 'à Madrid, fut de publier une seconde .édition
de son livre, qu'il revit et corrigea soigneusement. Cette seconde édition,
de M08, bien préférable à la précédente, a servi de modèle à toutes celles
qui l'ont suivie.
Deux ans plus tard, en 1613, Cervantès publia les douze Nouvelles, qui
forment, avec les deux intercalées dans le Don QMt'cAoKc, et celle qu'on
a retrouvée depuis, le recueil des quinze Nouvelles qu'il avait successive-
ment composées depuis son séjour à SéviIIe. J'en ai parlé précédemment,
à cette époque de sa vie. Ce livre, qu'on qualifiait, dans le Privilége de
« très-honnête passe-temps, où se montre la hauteur et la fécondité de la
"langue castillanne x, fut reçu, en Espagne et à l'étranger, avec autant
de faveur que le Don Qatc~oKe. Lope de Vega l'imita de deux façons,
en composant à son tour des nouvelles, très-inférieures à celles'de Cervantes
et en mettant sur la scène plusieurs des sujets traités par celui-ci. D'autres
grands auteurs dramatiques puisèrent à la même source, entre autres le
moine Fray Gabriel Tellez, connu sous le nom de Tirso de Molina, qui ap-
pelait Cervantès le Boccace espagnol, Don Agustino Moreto, Don Diego de
Figueroa, et Don Antonio Solis.
Après les Nouvelles, Cervantès publia, en 16~4, son poëme intitulé
~T~age au Parnasse ( ~Mgo «! Parnaso ) et le petit dialogue en prose qu'il
y joignit ensuite sous le nom de Adjunta a< Parnaso. Dans le poème, fait à
l'imitation de celui de Cesare Caporali, de Pérouse, il louait les bons écri-
vains de son temps, et déchirait sans pitié ces adeptes de lanouvelle école, qui
faisaient périr, sous de ridicules et délirantes innovations, la belle langue du
~c!e< le dialogue, il se plaignait des comédiens qui ne voulaient
On trouvera des détails sur la dM OK/ et la déoadence précoce de la litté-
rature espagnole, dam les .EtttftM qMJ'a) prudemment ctteM.
Source: gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, département Réserve des livres rares, Rés. m-Y2-1043 (1)