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ET LES OUVRAGES DE CERVANTÈS. 26

lieu de toutes ses disgrâces, Cervantes ent du moins le bonheur de n'avoir
rien à démêler avec elle. On' a fait, sur son emprisonnement dans la Man-.
che, mille conjectures, encore incertaines. Quelques-uns croient que cette
avanie lui arriva au village du Toboso, à propos d'une parole piquante
qu'il avait dite à une femme, dont les parents offensés se vengèrent ainsi.
Mais l'on admet presque généralement que ce furent les habitants du bourg
d'Argamasilla de Alba qui jetèrent Cervantès en prison, révoltes contre lui,
soit parce qu'illeur réclamait des dîmes arriérées pour le grand-prieuré de
San-Juan, soit parce qu'il enlevait à leurs irrigationsles eaux de la Guadiana,
pour y préparer des salpêtres. Il est certain qu'on montre encore aujour-
d'hui dans ce bourg une antique maison, appelée casa de Medrano, la
tradition immémoriale du pays place la prison de Cervantès. Il est également
certain que le pauvre commissaire des dîmes ou des poudres y languit-fort
longtemps, et dans un état si misérable, qu'il fut obligé de recourir à son
oncle, Don Juan Barnabé de Saavedra, bourgeois d'Alcazar de San-Juan,
pour lui demandersa protection et ses secours. On conserve le souvenir d'une
lettre écrite alors par Cervantès à cet oncle, et qui commençait par ces mots
De longs jours et de courtes nuits (des insomnies) me fatiguent dans cette
a prison, ou pour mieux dire,caverne.C'est enmémoiredeces mauvais
traitements qu'il commença le Don Quichotte par ces mots de bien douce
vengeance «Dans un endroit de la Manche, M WM.e pas me rappe-
ler le nom. »

Revenu, après treize ans d'absence, à ce qu'on appelait la cour ( la corte),
c'est-à-dire, à la résidence du monarque, Cervantès se trouva comme en
pays étranger. Un autre prince et d'autres favoris gouvernaient l'état; ses
anciens amis étaient morts ou disperses. Si le soldat de Lépante, si l'auteur
de Ga! et de Numance n'avait trouvé ni justice ni protection, quand
ses titres étaient récents que pouvait-il espérer du successeur de Phi-
lippe II, après quinze années d'oubli? Néanmoins, pressé par la. situation de
sa famille, Cervantès fit une dernière tentative. Il se présenta à l'audience du
duc de Lerme, Atlas du poids cette monarchie comme il l'appelle,
c'est-à-dire, tout puissant dispensateur des grâces. L'orgueilleux favori le
reçut avec dédain, et Cervantès, blessé jusqu'au fond de son âme fière et
sensible, renonça pour jamais au rôle de solliciteur. Depuis lors, partageant
sa vie entre quelques agences d'aSaires et le travail de sa plume, il vécut
avec résignation, dans la retraite et la médiocrité, du produit de ses veilles et
des secours qu'y ajoutèrent ses deux protecteurs, le comte de Lemos et l'ar-
chevêque de Tolède.

La situation pénible ou se trouvait Cervantès, pauvre et dédaigné, lui fit
bâter la publication du Don Quichotte, ou du moins de la première partie,
qui était déjà très-avancée. II obtint le privilège du roi, pour l'impression de
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