24 NOTICE SUR LA VIE
a, dans ces comptes de ménage, qui prouvent la détresse de sa &nuUe,
plusieurs notes et mémoires écrits de la main de Cervantès. Il régla ses
affaires avec le tribunal des comptes, soit en justifiant d'un paiement an-
térieur, soit en s'acquittant a cette époque) car les poursuites cessèrent, et
il passa paisiblement le reste de sa vie auprès de ce tribunal qui l'avait si
durement traité. L'honneur de Cervantès exigeait ces minutieux détails; mais
s'il fallait prouver, d'ailleurs, que sa probité fut à l'abri de tout soupçon, il
suffirait de rappeler qu'il mentionne lui-même avec une gaité spirituelle ses
emprisonnements nombreux. C'eut été,'certes, trop d'effronterie, s'ils avaient
eu pour cause quelque vilaine action, et ses ennemis, ses envieux, ses dé-
tracteurs de tous genres, qui lui reprochèrent jusqu'à sa main brisée, ne se
fussent pas fait faute de le blesser dans un endroit bien autrement sensible
que l'amour-propre de l'écrivain.
Les renseignements recueillis sur la vie de Cervantès présentent ici une
grande lacune. On ne sait rien de lui avec certitude, depuis ')598, lorsqu'il
écrivait à Séville le sonnet sur le tombeau de Philippe II, jusqu'en 1603,
lorsqu'il eut rejoint la cour à Valladolid. C'est pourtant dans cet inter-
valle de cinq années qu'il conçut, commença et termina presque la première
partie du Don Q~oAcKe. Plusieurs probabilités se réunissent pour faire
supposer qu'il quitta Séville, avec sa famille, vers ')599, et qu'il vint se
fixer dans quelque bourgade de la Manche, province où il avait des parents,
et où il exerça plusieurs commissions. La promptitude avec laquelle il se
présenta au tribunal des comptes, à Valladolid, en 1603, ne permet pas de
douter qu'il n'habitât alors un pays plus rapproche de cette ville que l'An-
dalousie, et la connaissance parfaite qu'il montre, dans son roman, des
tocalités et des mœurs de la Manche prouve également qu'il y fit un long
séjour. Il est probable qu'il avait (Hé sa résidence au bourg d'Argama-
Hlla, de Alba, et qu'en y plaçant la patrie de son gentilhomme en démence,
il eut la pensée de ridiculiser les hobereaux de ce village, qui, précisément
à cette époque, eurent outre eux, pour certains t~pitsde prééminence, des
querelles si scandaleuses et des procès si obstinés, qu'au dire des chroni.
queurs du temps, la population du pays en diminua de beaucoup.
Quand on voit Cervantès annoncer, dans son prologue du Don Quichotte,
que le fils de son intelligence, ce fils sec, maigre, ~HH!<
s'M< MgM~ KM pn.foM, où toMte MMt ~ge, ot<
/o«t ~rM& ~M<~ / une prison, on se demande avec curiosité à que!
tout bruit sinistre.fait sa demeure, on se demande avec curiosité à quel
sujet, à quelle époque, en quel pays, lui fut donné ce triste loisir d'es-
prit et de corps d'où sortit l'une des plus belles oeuvres de l'esprit humain.
L'opinion commune, hors de l'Espagne, a longtemps été qu'il conçut et
commenta son ouvrage dans les cachots du saint-office. Il faut, selon Je
mot de Voitaire, être bien maladroit pour calomnier l'inquisition. Au mi-
Source: gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, département Réserve des livres rares, Rés. m-Y2-1043 (1)