ET LES OUVRAGES DE CERVANTES. 10
près les louanges qu'il M donne avec tant d'ingénuité, comme auteur comique,
et le singulier talent qu'il a réellement déployé dans ses intermèdes; on
pensait, dis-je, que ses grandes compositions étaient autant de che&'d'œu-
vre. Malheureusement pour sa renommée dramatique, trois ou quatre d'entre
elles furent retrouvées, entre, autres la ~Mmancta, la .EM et los
de ~r~ Ces pièces sont loin de répondre aux regrets qu'elles
avaient excités, et la réputation de leur auteur aurait assurément gagné à
ce qu'on ne les connût que par le jugement tout paternel qu'il en porte. C'est
un curieux, exemple ( et non le seul qu'il donnera ) de l'impuissance où l'on
est, même avec un beau génie, d'étre juge dp soi-même.
Des pièces retrouvées.~ la meilleure est à coup sur sa tragédie de Nu-
mancia. Bien que fort éloignée de la perfection, elle vaut incomparable-
ment mieux que les tragédies de.Lupexcio de Argensola, auxquelles Cervantès
prodigue êtes. éloges qu! surprennent sous. une plume si peu Natteuse ( Don
Quichotte, partie I", chap.î8).Dansles sentiments héroïques d'un peuple
qui. se dévoue à la. mort pour conserver sa liberté, dans les touchants épiso-
des que fait naître, anmilieu decetteimmense catastrophe, l'enthousiame
de l'amitié, de l'amour, de la tendresse maternelle, se déploie tout le gé-
t)M de cette âme si fière et si tendre. Mais l'ensemble du drame est dé-
fectueux, le plan vague et décousu, les détails incohérents, l'intérêt, trop
divisé, se fatigue et s'éteint. A tout prendre, les meilleures productions que
Cervantès, ait données au théâtre sont ses intermèdes, petites pièces appe-
lées MÏFM~ aujourd'hui, et qu'on jouait alors, non point après la grande
pièce, mais dans les entr'aetes de ses trois yo~M On a retrouvé neuf in..
termèdes de Cervantes: .7«M &M divorcios, el ~M/! t'tM~ &:JMec-
OKM de &M etc. qui sont, pour la plupart des modèles de verve
bouffonne.
Le pauvre Cervantes ne trouva pas long temps. dans ses succès de théâ-
tre la gloire et le profit qu'il en attendait. Cette source fut: bientôt tarie.
« Les comédies, comme il le dit lui-mémedans son Prologue, ont leur temps
» et leurs saisons. Alors vint régner sur le théâtre ce prodige de nature, ce
» grand Lope de Vega, qui s'empara de la monarchie comique, (efzdM COK
N monar~M~ e<)mt'c ), soumit à sa juridiction tous les acteurs, et remplit le
» monde de ses comédies, » Chassé du théâtre, comme tant d'autres, par la
fabuleuse fécondité de Lope de Vega, Cervantes fut contraint de chercher un
autre métier, moins de son goût assurément, moins brillant et moins noble,
mais qui pût lui donner du pain. Arrivé à plus de quarante ans, sans patri-
moine, sans récompense pour ses vingt années de services et de misères, il
avait à supporter le fardeau d'une famille augmentée de ses deux sœurs et
de sa fille naturelle. Un conseiller des finances, Antonio de Guevara, fut
nommé, au commencement de 158S, munitionnaire des escadres et Sottes
Source: gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, département Réserve des livres rares, Rés. m-Y2-1043 (1)