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10 NOTICE SUR LA VIE

prouvé par une fbule de témoignages et de documents. Ilavait, pour aides
principaux dans son entreprise, d'abord.Juan le jardinier, qui faisait le guet
et-ne laissait approcher personne du jardin d'Hassan; puis un autre esclave,
appelée ~o~Hf~eI do!'ador),'qnr, taut~euhe, avait renié sa religion, et
plus tard était redevenu chrétien. Celui-ci était chargé d'apporter des vivres
à la caverne, dont personne ne sortait que pendant l'obscurité de la nuit.
Quand Cervantès crutjprochaine l'arrivée de la n'égaie que devaitexpédierson
frère, il s'enfuit du bagne de Dali-blami, et le SO septembre, après avoir
pris congé de son ami le docteur Antonio de Sosa, trop malade pour !e
suivre, il. alla s'enfermer lui-même dans le souterrain.

Son calcul était juste. Dans l'intervalle on avait équipé, à Valence ou à
Mayorque, une frégate dont le commandement fut donné à un certain Viana,
récemment racheté, homme actif, brave, et connaissant bien les cotes de
Berbérie. Cette frégate arriva en vue d'Alger lo S8 septembre, et, après avoir
gardé la haute mer tout le jour, elle s'approcha de nuit d'un endroit convenu,
assez proche du jardin,pour aviser et recueillir en peu d'instants les captifs.
Malheureusement, des pêcheurs qui n'avaient point encore quitté leur bar-
que reconnurent, malgré l'obscurité, la frégate chrétienne. Ils donnèrent
l'alarme, et rassemblèrent tant de monde, que Viana fut obligé de rega-
gner la pleine mer. Il essaya, plus tard, de s'approcher une seconde fois du
rivage; mais sa tentative eut une issue désastreuse. Les Mores étaient sur leurs
gardes ils surprirent la frégate au débarquement, firent prisonnier tout l'é-
quipage, et déjouèrent ainsi le projet d'évasion.

Jusque-là, Cervantès et ses compagnons avaient supporté patiemment, 1
dans le doux espoir d'une prochaine liberté, les privations, les souffrances et
mémo les maladies qu'avait engendrées parmi eux un si long séjour dans cette
habitation humide et sombre. Bientôt l'espérance même leur manqua. Des le
lendemain de la capture de la frégate, le doreur, ce renégat réconcilié avec
l'église, enqui Cervantès avait mistoute sa confiance, abjura de nouveau, et
alla révéler au dey d'Alger, Hassan-Aga, la retraite des captifs que Viana
venait enlever. Le dey, ravi de cette nouvelle, qui lui permettait, suivant
l'usage du .pays, de s'approprier tons ces chrétiens comme esclaves perdus, e
envoya le commandant de sa garde avec une trentaine de soldats turcs pour ar-
rêter les fugitifs et le jardinier qui les cachait. Ces soldats, guidés par le dé-
lateur, entrèrent à l'improviste, et le cimeterre à la main, dans la cave sou-
terraine. Tandis qu'ils garrottaient les chrétiens surpris, Cervantès éleva la
voix, et s'écria, avec une noble fermeté qu'aucun de ses malheureux com-
pagnons n'était coupable, que lui seul les avait fait enfuir etics avait cachés,
et qu'étant seul l'auteur du complot, il devait seul en porter la peine. Éton-
nés d'un aveu si généreux, qui attirait sur la tête de Cervantès tout le courroux
du cruel Hassan-Aga, les Turcs expédièrent un cavalier n leur maitre pour
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