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AUX PYRÉNÉES,

62.

sur ma route. Comme j'aurai occasion de retrouver M. Verlede père
aux Eaux-Bonnes la Faculté avait envoyé son asthme, je les com-
pléterai plus tard.

Pendant qu'au travers d'une conversation à bâtons rompus je
cueillais au vol les renseignements que je viens de condenser en. un
seul récit, nous avions tous trois fait du chemin sur la route d'Espa-
gne, sans nous préoccuper de l'Anglais que nous ne devions.plus
revoir, ni de la femme au capulet rouge que nous devions retrouver.
On allait à pied, gaiement, échangeant ses confidences. Édouard;
trainait bien la jambe et par moments reprochait à Charles de n'avoir
pas pris de mulets, mais nous lui donnions raison, ce qui le faisait
sourire et animait sa verve gouailleuse contre les voyages pédestres.;
Du reste la route que nous suivions est faite pour décourager. Elle
monte et descend à travers des bosquets de châtaigniers qui cachent
des rochers et des pentes couvertes de fougères. Pas un seul point
de vue digne de r emarque.
Après avoir franchi quelques ruisseaux, nous arrivâmes à un ravin
ouvert entre deux promontoires rocheux. C'est la limite de la France
et de l'Espagne. Un hameau ferme l'entrée de ce ravin pour la plus
grande facilité des contrebandiers.

Derrière le hameau la route s'engage dans des rochers et des pentes
nues, mais à un détour nous fait une surprise à laquelle nous étions
loin de nous attendre. Le paysage en effet a changé subitement
d'aspect. Les montagnes qui bordent l'horizon se développent en un
immense cirque rempli de forêts, dans lesquelles on s'engage à l'om-
bre des hêtres et le long d'un ruisseau.

Enfin on aperçoit une maison située au milieu d'une clairière et
une chapelle abandonnée. Saluons. Nous sommes au col de Ronce-
vaux.

Par lui-même le col n'a rien de remarquable, mais il laisse, par
dessus ses croupes recouverles de bruyères, la vue s'égarer sur les
plus belles forêts des Pyrénées espagnoles et sur des plaines vastes
et fertiles que ferme une chaîne bleuâtre. Le coup d'oeil en est très-
pittoresque.

Le passage de Roncevaux ou plutôt le port d'Ibanêta est très-ré=.~
queuté. Déjà du temps de Charlemagne la route était une des grandes
voies internationales et nul doute qu'elle ne le devienne un jour si
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