LE SAC AU DOS. 61 qu'il en fût contrarié. Cette vie au jour le jour lui plaisait. Le travail était toute sa richesse, et comme il travaillait beaucoup, il se croyait bien. le droit de la dépenser sans souci de l'avenir, préférant chanter comme la cigale que de thésauriser comme la fourmi. Et puis, disait-il, je ne suis riche que si je, travaille. Quand je ne travaillerai plus, c'est que je serai mort. Édouard qui, par désoeuvrement, venait chaque matin demander si Charles était de retour, rencontra son cousin au moment où celui-ci descendait de voiture. Ne descends pas, lui cria-t-il, nous partons Comment 1 nous partons, mais, malheureux, j'arrive 1 c'est tout te dire. Tu n'as pas d'argent? J'en ai. En route Pas si haut. Ton père pourrait t'entendre. Et d'abord embras- sons-nous et montons chez moi. Nous causerons plus à l'aise. Le premier résultat de la conversation que les deux amis eurent ensemble fut de faire rentrer Charles dans les bonnes grâces de M. Yerlède, mais le but visé par .Édouard était loin d'être atteint. Charles ne consentait à accepter son cousin comme compagnon de voyage qu'à la condition expresse de partager tous les frais que coû- teraient leurs excursions communes. Ce que voyant, Édouard trouva un terme moyen. Charles travail- lait pour un éditeur très-connu à un journal de voyages qui trouvait surtout sa vogue et son succès dans les illustrations. Édouard ne dessinait pas mal. Il offrit son concours à l'éditeur. Celui-ci accepta cette collaboration qu'on lui otIrait et que Charles avait chaudement recommandée. Au bout de deux ans de travail les deux cousins, collaborateurs dévoués et assidus, gagnaient à peu près les mêmes appointements. Il en était résulté que Charles voyageait un peu-plus depuis qu'il avait un compagnon et quédouard, ayant repris goût au travail et retrouvé dans une vie active toute sa santé était devenu an garçon plein de bonne humeur. Cependant il n'avait pas encore pu acclimater ses jambes aux lon- bues courses dans les montagnes. Il ne désespérait pas de les y habi- tuer, mais malgré lui, chaque fois qu'il fallait mettre sac au dos et re- prendre le long bâton ferré, il faisait une moue des plus comiques. Voilà ce qu'étaient les deux jeunes gens que le hasard avait placés