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AUX PYRÉNÉES,
mouvement et balançait l'emploi de son temps entre le plaisir et le
travail. L'un rêvait beaucoup écrivait très-peu et parlait encore
moins. L'autre écrivait en parlant, parlait en écrivant et ne rêvait
qu'au lit. Â. celui-ci la vie calme, paisible et uniforme du foyer. A
celui-là la vie affairée du boulevardier. Pendant qu'Édouard ron-
ronnait dans son fauteuil, Charles courait les cercles, les salons, les
théâtres, et pour se reposer allait respirer l'air des Alpes, des Vosges
ou des Pyrénées.
Je ne me repose qu'en marchantl 1
C'était sa devise. Ajoutons que c'était aussi son état de courir. Un
grand journal parisien l'employait comme reporter et ses articles
très-goûtés du monde littéraire et scientifique lui étaient payés assez
cher pour qu'il pût consacrer une partie de l'année à assouvir sa rage
d'excursions dans les montagnes. Il y dépensait tout ce qu'il gagnait,
quelquefois plus, ce qui l'avait mis très-mal avec son ôncle, lequel
avait bien su gagner, mais n'avait jamais appris à dépenser.
Problème étrange que la loi des contrastes pourrait seule résou-
dre, les deux cousins s'adoraient. Une fois ensemble, on les eût pris
pour les deux frères même pour les goûts et pour les habitudes.
Il débaucherait mon fils, se dit M. Verlède.
Et il lui ferma sa porte. Édouard n'en sut rien et grâce à cette
apathie dont nous avons parlé et qui n'est que l'égoïsme physique, il
ne s'en s'inquiéta pas, attendant toujours le retoùr de son cousin, trop
fier et trop occupé pour revenir.
Un auxiliaire sur le-quel le docteur ne comptait pas, vint en aide à
ses prescriptions. Cet auxiliaire, ce fut l'ennui. Éd 1uard s'ennuya telle-
ment un beau jour qu'il alla trouver Charles.
Monsieur est en voyage, lui dit le conciel'ge.
Ah fit Édouard désappointé, de quel côté ? A Versailles ? à
Pontoise ?
Ma foi, monsieur, je n'en sais rien. Je crois pourtant qu'il nous
a dit Je vais à Tombouctou
Tombouctou? Il n'y a pas de chemin de fer de ces côtés. J'atten-
drai son retour.
Charles revint plus tôt qu'on n'aurait cru. Pour aller à Tombouctou,
il était passé par les Vosges et y était resté si longtemps qu'il ren-
trait à Paris pour se ravitailler. Sa bour se était à sec. Ne croyez pas