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AUX PYHÉNÉES,

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par une voiture que semblait traîner le cheval fantastique de la lé-
gende allemande t

Voilà ce qui s'était passé à ce pont maudit. Les Basques en tirè-
rent une prompte vengeance et continuèrent de refuser le péage.
Cela dura des années. On combattit homme contre homme, bande
contre bande et beaucoup d'hommes. braves moururent des deux
parts. On finit bien par faire la paix, mais jamais de Puyanne ne fut
compris dans cette paix, ni lui ni ses fils. Il dut se retirer à Bor-
deaux, sous la protection du prince de Galles, ce qui n'empêcha pas
qu'on retrouva un jour son cadavre percé d'un long couteau basque.
Son fils ainé fut tué par le fils d'un des noyés du pont de Proudines
et le dernier de sa race s'enfuit en Angleterre.

Mais cette race n'a pas s'éteindre en Biscaye et je soupçonne
fort le conducteur qui nous enfonçait les côtes avec les brancards de
son véhicule de descendre en ligne directe de ces nobles bandits.
Non, jamais tortiomaire de Torquemada n'a fait éprouver à ses mar-
tyrs un supplice plus -lentement cruel, plus épouvantable et surtout
plus agaçant..

Ne pouvant plus y tenir, je sautai en bas de ce chevalet-voiture, et
comme on remontait une pente 'qui contourne la montagne avant
d'atteinclre Espelette, j'invitai ma compagne à dégourdir ses jambes
ankylosées. Soit qu'elle ne m'ait pas entendu, soit que son père la
retînt pour lui faire, au sujét de sa familiarité avec moi, des reproches
que je devinais sans les entendre, je dus me résigner à marcher seul
derrière la voiture; et, n'ayant plus pour me distraire l'érudition de
mademoiselle Rose, mon imagination, prompte à suivre la première
idée qui lui plaise, me fit faire encore une fois l'école buissonnière
le long de l'histoire.

C'est qu'en effet je me trouvais sur un des rayons de la route stra-
tégique d'Espagne, que Wellington força le maréchal Soult à aban-
donner, bien que les Français l'eussent choisie comme centre de
leurs opérations militaires.

Alors, avec la rapidité de l'éclair, ma pensée peupla ces monts
endormis d'liommes et de canons, d'habits bleus, verts, jaunes et
rouges, de panaches et de pompons, de généraux et de soldats, et je
revis y à travers les ombres pâles .dont les lueurs tremblotantes
de la lune enveloppaient le paysage, cette page de la campagne de
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