AUX PYRÉNÉES,
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qui était rare. La voiture pourtant tenait quatre places, en su
serrant.
Ramoune était chargé de rabattre le gibier sur 1-'auberge. Le gibier,
bien entendu, c'étaient les touristes égarés, en quête d'un gîte. Il
s'acquittait à merveille de son office. J'en étais moi-même la preuve.
Itarement il se trompait, bien que son intelligence lui eût valu plus
de coups de bâtons que de morceaux de sucre. Dès que son maître
l'entendait aboyer sur la montagne, il accourait à son secours.
Le secours se traduisait en offres de services faites au voyageur,
qui souvent, égaré ou fatigué, les acceptait, dans l'espérance de trouver
un lit, un souper et une voiture. Ces trois choses essentielles étaient l
toujours dans le programme de l'aubergiste.
Puis, Ramoune disparaissait chassé par un coup de pied: Qui aime
bien châtie bien. Ce chien devait être adoré 1..
Ce jour-là l'aubergiste n'avait que deux voyageurs, lesquels avaient
refusé de souper et de coucher et qu'il éÜlitobligé d'emmener à Cambo,
ce qui lui donnait pour sa journée un trop maigre salaire. Aussi, dès
qu'il entendit son chien aboyer, il prit toutes sortes de prétextes pour
retarder le départ. A chaque remontrance de ses hôtes, il répliquait
J'attends un voyageur. Je suis payé d'avance et ne peux man-
quer à ma parole.
Force fut donc aux deux voyageurs d'attendre leur compagnon £le
voyage. Désireux moi aussi de ne pas coucher dans celte maison
isolée, je pris vite mon parti et j'acceptai une place dans la patache.
Décidément, me disais-je, je ne retournerai pas à Bayonne ni
à Paris. J'irai à Pau, qui est pour ainsi dire le centre des grandes ex-
cursions dans les Pyrénées. De là ma route est toute tracée. La saison
commence et promet d'être belle. Pourquoi ne me laisserais-je pas
aller en avant, puisque le hasard me pousse où ma volonté m'entraîne o?
Avant de consigner ici les impressions de mon voyage de la Rlmnc
à Cambo, je dois présenter les personnages dont la vue m'avait effrayé
et à qui j'ai donné, sans le vouloir, sous le coup de la peur, une ply-
sionomie dont ils ne méritent pas tout à fait l'intention grotesque. Je
laisse de côté le voiturier. Sa voiture m'a trop enfoncé de côtes pour
que je ne me venge pas par le silence.
La partie masculine de mes deux compagnons de route se résumail
en-un homme gros et court, à l'accent gascon, à la figure ordinaire et