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LE SÀC AU DOR.

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Avais-je le temps, le loisir et le costume pour accepter ce déli
Rien de tout cela. Il me fallait donc redescendre à Bayonne, peut-être
même aller jusqu'à Paris, pour m'équiper en guerre, car je me rap-
pelais mes voyages en Suisse, et je savais combien les excursions sont
difficiles quand on n'a pas le sac au dos et le bâton ferré à la main,
surtout quand on n'a pas, sinon un guide, du moins un compagnon
de voyage qui partage vos impressions et vos fatigues.

Il est vrai qu'il y a des touristes qui regardent les montagnes de la
fenêtre de leur hôtel, dont les excursions consistent à passer de leur
chambre au jardin anglais, du jardin anglais à la promenade, qui font
la sieste sur la bruyère et lisént le journal étendus sur une chaise
puis, une fois rentrés chez eux, racontent ou écrivent ce qu'ils n'ont
pas vu, d'après les livres-guides qu'ils ont lus. C'est une variété de
touristes que Taine a stigmatisés trop spirituellement pour que j'ambi-
tionne, de les imiter.

Mon parti était pris. Ne plus quitter les Pyrénées sans leur prouver
toute mon admiration, sac au dos. En attendant le sac quefaurais le
lendemain, j'avais l'admiration prête à éclater. J'en profitais et je
commençais.

Une première désillusion m'attendait au seuil de mon voyage. J'a-
vais un témoin sur lequel je ne comptais pas et qui me guettait d'un
air tant soit peu gouailleur sans que je me fusse douté de sa présence.
Ce témoin me gênait, mon amour-propre déjà froissé en faisait un
ennemi. Aussi je lui lançai un regard dédaigneux qu'il reçut impas-
sible, mais attentif, et jetant un dernier coup d'oeil autour de moi, je
descendis la Rhune en suivant le cours de son ruisseau. Le susdit
témoin me suivait discrètement.

Pour ne pas avoir l'air d'un'voyageur ordinaire, je me mis à étu-
dier les flancs de la montagne que j'arpentais le plus vite possible
et dont les gisements de houille me semblaient appartenir aux ter-
rains de transition.

On est convenu d'appeler en géologie terrains de transition, les
terrains de l'époque intermédiaire entre deux évolutions de notre
globe. Ceci semblera bien aride jeté au milieu des sensations poé-
tiques d'un voyageur perdu dans la contemplation de la nature
mais comme nous aurons, à chaque pas que je ferai dans les Pyré-
-nées, à relever des traces d'époques antédiluviennes, comme nous
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