AUX PYHÉNÉES,
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dans le pays basque, ce sont des collines mollement ondulées, cou-
vertes de forêts de hêtres, gracieux paysages qui rappellent les sites
allemands du Harlz et du Thuringerwald à l'est, la nature est tout
africaine. Ce sont des rochers blanchâtres ou calcinés, des bois de
chênes-liéges poudreux, des oliviers au feuillage pâle, des vignes, des
haies d'aloès, des plages de sable bordées de tamaris. Enfin, les
Hautes-Pyrénées présentent aussi des spectacles grandioses qu'on
chercherait vainement dans les Alpes de la Suisse. C'est dans cette
partie calcaire de la chaîne que sont creusés ces cirques immenses,
Troumouse, Bielsa, Gavarnie, environnés de gradins où pourraient
siéger des nations entières. C'est là que les montagnes se dressent en
tours, en murailles, en escaliers, comme si, d'après l'expression de
Ramond, un peuple de géants eût appliqué l'équerre et le niveau à la
superposition ùr.leurs assises. D'ordinaire la nature nous semble d'au-
tant plus belle que nous sentons davantage notre infériorité en sa pré-
sence. Or, l'homme ne peut que se sentir d'une petitesse infinie dans
ces cirques vastes et déserts où croissent à peine quelques herbes, où
les rares bestiaux semblent perdus dans l'étendue des pâturages, où la
seule voix est celle des avalanches et des cascades, où les seuls spec-
tateurs sont les pics neigeux se dressant au-dessus des gradins ver-
doyants! »
Le graud poëte, le gr and peintre, le voilà! Je n'en aurais été que le
plagiaire j'ai mieux aimé n'être que le copiste de cette poésie et de
cette peinture que je mets d'avance en réserve pour en saupoudrer
mes futures impressions
Mais je suis toujours sur le sommet de la Rhune, perdu dans mes
réflexions, honteux et confus comme le renard de la fable et deman-
dant mentalement pardon aux Pyrénées dont l'admirable panorama,
une-(les plus belles vues de la chaîne, étend à neuf cents mètres au-
dessous de moi les côtes detitelées du littoral, de Saint-Sébastien à la
de l'Adour, et au-dessus, dans les nuages de l'horizon, un cercle
de monts dominés par le pic de la Haya, à la triple couronne.
Je tremblais d'émotion et je n'avais plus qu'une idée, celle d'esca-
lader les cimes de celle « Sie~~ra, » qui semblait me regarder en rica-
nant, comme une vieille fée dont le sourire moqueur m'eût lâissé voir
dans l'ombre de ses lèvres décharnées la silhouette de ses dents
pointues.