LE SAC AU n~s.
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La disposition rayonnante des Alpes autour de certains points cen-
traux produit une grande diversité d'aspects. De tous côtés, on ne
voit qu'aiguilles et glaciers. On est tout à fait dans le cœur d'un pays
de montagnes; la plaine a disparu, rien ne la rappelle au souvenir.
La chaîne plus simple des Pyrénées, au contraire, est trop uniforme
et trop étr oite pour qu'on perde complétement de vue les campagnes
étendues à sa base, et il suffit d'escalader la première cime venue
pour voir apparaître les plaines derrière les contre-forts abaissés.
Les lacs, cette beauté des Alpes, manquent aussi aux Pyrénées.
Qui donc oserait mettre en ligne de compte l'étang de Gaube, en-
touré de ses quelques sapins, près rlu lac de Genève, avec son cortége
de montagnes, de villages et de châteaux? Ce qui leur manque encore
ce sont les glacier s, car les névés des Pyrénées ne ressemblent en rien
à ces énormes fleuves de glace qui labourent par de profonds sillons
les lits de rochers dans lesquels ils s'écoulent. Il en résulte qu'elles
n'offrent pas cet admirable contraste de fertiles vallées et de prairies
verdoyantes touchant presque les âpres murailles des glaciers; il en
résulte qu'un voyageur, mourant de soif, trouvera dans les Alpes, au
pied des glaces, un cerisier chargé de fruits mûrs, et que, sur la
Maladetta, par exemple, on aura eu beau dépasser depuis longtemps,
sur les pentes, les derniers sapins rabougris, toute la,végétation
brûlée par le froid n'offrira pas une fleur, pas un fruit 1
Enfin, pour terminer ce procès qui rassure ma conscience, j'ajou-
terni du'au point de vue géographique, les Pyrénées sont en com-
haraison des Alpes une chaîne d'importance secondaire. Et ce fier
Castillan qui, par orgueil national, avait fait de l'Europe une femme
dont l'Espagne était la tête, n'avait pu faire des Pyrénées que le
collier de la souveraine. Les Alpes en étaient la ceinture.
Moi aussi, pour prouver mon impartialité, je m'écrierai avec
1£1isée Reclus, dont le témoignage autorisé est décisif en pareille que-
relle
« Les Pyrénécs ont aussi des beautés qui leur sont propres. Bai-
gnant la base de ses rochers, d'un côté, dans les flots verdâtres de
l'Atlantique, de l'autre, dans la nappe Lleue de la Méditerranée, la
claîne oifre, à ses deux extrémités, le plus saisissant contraste. Le
voyagcur qui la parcourt dans toute sa longueur, de Bayonne à
Port-Vcndres, pourl'ait croire qu'il a changé de 0 continent. A l'ouest,