AUX PYRÉNÉES, 18 digue fantastique qu'une tempête, une seule, mais qui dura huit jours, avait emportée en n'en laissant que quelques pierres. Au lieu de ce spectacle grandiose que je cherchais, j'en trouvai un autre que je ne cherchais pas. J'avais franchi la langue de sable, sur laquelle s'étage la ville, que la Nivelle borde d'un côté et que l'Océan assiége de l'autre. La rade dessinait à mes pieds une courbe terminée par de hauts rochers et de massives jetées, et cette enceinte profonde, couverte d'une nappe d'eau d'un sombre azur, s'ouvrait sur l'infini de l'Atlantique. Rien de plus noble et de plus imposant. Si mes regards s'en détachèrent vo- lontairement, c'est que rien ne m'attirait de ce côté, tandis qu'au delà (lui cours de la rivière, dans la direction opposée, se dressait une chaîne imposante de montagnes dont les contre-forts qui allaient se baigner dans la mer laissaient entrevoir sur leurs pentes rapprochées les plus charmants paysages. Jusqu'à présent, il n'y avait eu pour moi, en fait de montagnes, que les Alpes. Mais je comprenais déjà que Dieu me punissait d'un juge- ment téméraire en m"apprenant au seuil des Pyrénées que chaque chaîne de montagnes, comme chaque pays, a son genre de beauté à part. Les Alpes ont leurs lacs, leur verdure et leurs glaciers. Les Pyrénées ont leur ciel bleu, leur lumière splendide et chaude, leur atmosphère si pure et si transparente. Elles sont, en un mot, assez belles de leur propre beauté, de leurs violents contrastes, de leurs vallées calcaires et de leur double as- pect et d'Europe et d'Afrique pour qu'on y vienne chercher ce qui n'appartient qu'à elles. Cette dernière réflexion eût suffi à elle seule pour me décider à oublier le but de mon voyage si je n'avais entend111a conversation de deux paysans qui, s'étant rencontrés sur la route et salués, s'étaient mis à causer sans faire beaucoup attention à moi qui ne faisais pas du tout attention à eux. Cette fois, c'est fini, disait l'un. Le roi Don Carlos est en France. Je l'ai vu passer, disait l'autre. Et son armée ? Regar dez. Je me retournai et je vis, derrière la grille d'un château dont le pro- priétaire avait donné l'hospitalité à Don Carlos1 une foule de soldats