AUX PYRÉNÉES, i4 glissa derrière lui et décousit le sac. Toutes les pierres qui étaient justement de ce côté-là tombèrent en bloc et formèrent un amoncél- lement de rochers, d'où sortit, la Biscaye. Le bon Dieu n'était pas content; mais, dès qu'il fut remonté au ciel, il assembla son conseil pour lui demander quel dédommagement il devait aux hommes qui habiteraient cette contrée. La discussion fut aussi longue que diffuse par cette raison que Dieu aussi bon que naïf avait cru devoir confier la cause à un procureur. Ce procureur, qui n'était autre que saint Yves, patron des avocats, était très-mal vu en paradis où il était entré par surprise, au grand désespoir de saint Pierre qui veut toujours l'en expulser. Ceci mérite explication. Saint Yves, en mourant, se fit enterrer avec un sac à procès, rempli de cédules, arrêts et assignations. Il avait tant aimé la procédure pendant sa vie, qu'il ne pouvait se ré- soudre à s'en séparer après sa mort. Il se présenta donc avec son bagage devant le geôlier du paradis, qui ne voulutpas le laisserpasser; mais saint Yves, malin comme un procureur, se glissa, au milieu des élus et, une fois au ciel, comme il connaissait sur le bout du doigt toutes les lois de la procédure, il protesta et s'obstina à dire qu'il resterait jusqu'à ce qu'un huissier assermenté près la cour du grand juge lui signifiât mi bonne et due forme un arrêt d'expulsion. Saint Pierre chercha un huissier. Il n'en trouva pas un seul au Paradis. Il fut bien forcé de laisser Yves parmi les saints et il attend encore aujourd'hui unhuissier pour le sommer de déguerpir. Il attendra toujours. Les huissiers pas plus que les avocats ne vont en paradis. Saint Yves, prie pour eux 1. Le bon Dieu, n'ayant pu rien débrouiller dans la plaidoirie que le saint des avocats entreprit pour la Biscaye, s'adressa à saint Nicolas, dont l'emploi est spécialement de protéger tous les pays qui se trou- vent en Ettrope. Après quelques instants de réflexion, comme le conseil céleste lui demandait ce qu'il fallait donner aux Basques pour les dédommager du vilain pays que Dieu leur avait donné involontairement Seigneur, dit saint Nicolas, faites-les grands et forts. Accordé. Faites-les courageux. Ils seront braves entre les braves.