AUX PYRÉNÉES,
12
Les moindres sentiments se révèlent 'sur leur visage par l'éclair du
regard, le jeu des sourcils, le frémissement des lèvres. Comnie dans
les autres races non encore mélangées, les femmes surtout conservent
le type national. Elles ont presque toutes £le' grands yeux, un nez
finement sculpté, une petite bouche, une peau blanche et fraiche,
une taille d'une merveilleuse souplesse.
Les Basques sont remarquables surtout par l'élasticité de leur
démarche et de leurs mouvements. On dirait que leurs membres sont
doués de ressorts particuliers, tant ils se meuvent avec grâce et lé-
gèreté. Quand on les voit descendre du haut de leurs rochers avec
leurs vestes de velours, leurs ceintures de soie, leurs bél'~ts rouges'ou
bleus, posés sur de longs cheveux flottants ou mieux encore, quand
on les voit l'œil ardent, la poitrine frémissante, saisir au vol la
balle du jeu de paume, ils semblent plutôt rebondir que marcher ou
courir. Ils ont presque toujours à la 'main un bâton plombé qu'ils
brandissent d'un air héroïque. S'ils passent à côté d'un voyageur,
ils arrêtent un moment le moulinet de leur bâton, saluant avec grâce"
mais comme des égaux, sans baisser le regard. Ils se savent tous
gentilshommes.
Ni esclaves ni tyrans, telle est leur devise. Ils ont résisté aux
barbares et à Chal'lemagne, ils ont chassé les Maures et traversé la
féodalité sans laisser toucher à leurs libertés. Une paix inviolable
n'a cessé de les protéger, quand la guérre, la peste, la famine dé-
cimaient les États voisins. Le moyen âge n'a jamais taché de sang
ce pays qui avait pris pour idéal ce vœu touchant de la Coutume
de Bigorre
-'Que le rustique ait paix à toujours
Hardi comme un Basque, dit encore le proverbe. Les guerres de la
Révolution en ont gardé les preuves. Est-ce un bienfait du progrès et
de la civilisation qui a fait perdre à ce grand pays son existence natio-
nale, indépendante ? Les causes en seraient trop longues à développer.
Quoi qu'il en soit, l'Espagne et)a France se le sont partagé, et toutes
deux s'honorent d'avoir pour fils ses enfants, n'ayant pu avoir leurs
pères pour aïeux.
En terminant ma visite à Guettary j'ai récolté. une jolie légende
et j'ai enfin appris l'origine de la baïonnette
Je commence par la légende elle peint en quelques mots et à grands