AUX PYRÉNÉES,
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cal que me fit mon sauveur en s'éloignant du côté de Bayonne.
Ahuri, étourdi, chancelant comme un homme ivre, assourdi par le
bruit de l'Océan qui me poursuivait de son tonnerre, ne sachant même
pas où j'allais, incapable de rien penser ni de rien résoudre, je des-
cendis la côte pour suivre une grande route bordée de peupliers qui
s'allongeait devant moi en úqpulations incorrectes.
La route était pleine de piétons aux bérets bleus et rouges, tous fati"-
gués et misérablement vêtus. Cela me rappela même le costume de
mon interlocuteur, moins grotesque et mieux porté, mais à coup sûr
aussi dépenaillé.
J'étais moi-même tout défait et j'avais une faim horrible. Par bon-
heur une diligence vint à passer et le conducteur consentit à me
laisser monter. Une heure après, la fatigue et la faim avaient redoublé.
J'aperçus un village et je descendis.
Où suis-je ? demandai-je.
A GueHary, me répondit-on. Restez-vous ?
Oui, si je peux manger beaucoup et dormir un peu.
On ne me répondit pas et je restai mais je mangeai très-peu et ne
dormis pas du tout. Seulement j'avais vu Guettary, vrai type du
village basque.
Une église autour-de laquelle se groupent des maisons comme les
poussins autour de la poule, des collines basses semées d'arbres, de
petites vallées semées de champs de blé, beaucoup d'habitations blan-
ches aux volets verts et aux toits rouges, rangées sans ordre le long
d'étroits sentiers qu"ombragent l'aubépine et la prunelle, voilà
Guettary. Dans le bas, un petit havre sablonneux protégé par des
rochers. Au fond, des barques, une plage qui invite au bain et plus
loin la mer qui regarde d'un oeil jaloux ce village tranquille sur lequel
elle n'a pas encore jeté des tourbillons d'écume.
Vieille rancune de l'Océan. Car tous les habitants de Guettary sont
pêcheurs et marins. Mais les flots, qui n'atteignent pas les cabanes,
prennent leur revanche sur les barques, comme pour donner raison
à leur courroux légendaire.
Guettary s'affecte peu du danger, et cette parole d'un pêcheur en
dit bien long
L'Océan avance. Nous reculons. S'il reculait, nous avancerions.
Et cette autre, plus expressive encore