LE SAC AU DOS. 9 digues. Au loin la pleine mer restait calme comme si elle réservait toutes ses forces pour combattre la côte. Un demi-cercle de vagues et d'écume la séparait du fleuve. C'est ce qu'on nomme la barre de l'Adour, si bien décrite par M. de Quatrefages « Des lames insensibles venués du large 'se relèvent au contact des bas-fonds et se dressent en longues ondulations semblables à, des murailles, d'une demi-lieue. Sapées à la base par le fond de plus en plus haut, elles se courbent en volutes et s'éboulent en laissant échapper une blanche poussière Bientôt relevées, moins hautes, mais plus pres- sées, elles forment en face de l'Adour comme une quadruple barrière sans cesse détruite,: saris cesse renaissante, et atteignent enfin le'.ri,- vage, se brisent.avec. fureur; et lancent jusqu'au haut du talus incliné qui les arrête,leurs longues et rapides fusées. À l'embouchure même, elles se précipitent dans l'étroit canal, se récourbent contre les jetées comme pour faire à l'Océan un plus large passage et roulent avec elles des monceaux d'écume jaunâtre qui semblent un amas de roches flot- tantes. » J'étais tout entier à ce spectacle et, m'avançant peu à peu sur l'ex- trémité du rocher, jecontemplais l'abîme dans toute sa profondeur. Bientôt ce bruit incessant de tonnerre m'étourdit. Cette eau qui~ tour- noyait, et éclatait.en poussière, dont la vapeur montait en nuage fit sur moi une telle impression que je détournai les yeux. Je me trouvais sur une langue de roches humides et glissantes soutenue par du sable fin qui s'émiettait sous la pression de mon pied. J'étais pour ainsi dire suspendu. Je voulus reculer, impossible. Je sentais la tête me tourner et l'équi- libre me manquer. Alors, malgré moi, je reportai ma vue sur ce gouffre béant, et il me sembla voir au sommet de ses eaux bouillonnantes voltiger les démons' du vertige dont le rire me fascinait .et m'attirait. Le ciel tournait sur ma têle et la terre sous mes pieds. Ma volonté m'échappait. Ah 1 je ne pensais ni aux carlistes, ni à la Saint-Bar= thélemy, pas plus qu'à Bayonne et à sa baïonnette 1 Je me laissais aller au contraire comme un enfant qui se trouve mal.. Prenez garde, seigneur cavalier, me dit une voix en pur.castillan; vous allez tomber. Soudain une main me frappa sur l'épaule et me rejeta en arrière. Je me retournai et n'eus que le temps de répondre au salut ami-