LE SAC AU DOS. 7 y avoir trouvé cette jolie légende qui eût expliqué la colère de l'O- céan. La voici dans toute sa naïveté Les côtes du pays basque n'étaient pas, il y a des siècles et des siècles, ce qu'elles sont aujourd'hui, une série d'écueils et d'abîmés qui leur a fait donner le nom de Côtes de fer. C'étaient au contraire les rives les plus hospitalières de France et d'Europe. Il ne pouvait en être autrement puisque les Basques étaient les premiers marins du globe. Ce sont eux qui ont découvert l'Amérique. in'allez pas le nier devant un Basque il vous prouverait que sans sa nation les successeurs de Galilée ne sauraient pas que la terre tourne. Le monde des mers leur appartient par droit de conquête. Les pre- miers, ils ont inventé la pêche à la baleine. Qui donc, si ce n'est un Basque, eÚt osé affronter ce monstre de l'Océan, bâtard des masto- dontes du déluge, qui, grâce à sa puissante ossature, a fait échouer l'arche de Noé sur le mont Ararat ? Cette pêche fut leur triomphe, mais causa leur perte. Les Basques ne se sont jamais relevés de leur victoire. Pêcheurs par besoin et marins par goût, ils ne surent pas borner leur ambition aux pêches fructueuses et aux voyages agréables que leur offraient les parages de leurgolfe. Les poissons/ qu'ils pêchaient ou bien ceux auxquels ils faisaient la guerre n'étaient plus assez gi'os ni assez redoutables pour eux. Les premiers requins que prit leur hameçon, les premières baleines qu'ils harponnèrent les firent rêver à ces poissons fantastiques dont les ro- chers des montagnes ont gardé les ossements, dont le centre de la terre a peut-être recélé la vie, et que de nombreux voyageurs ont entre- vus dans le délire de leur imagination. Ils résolurent d'aller les chercher, ~ùt-ce par delà les pôles, qu'ils croyaient être avec les savants d'alors, les limites infranchissables du monde. Et, pour cela, ils suivirent les baleines qui les entraînaient dans un autre hémisphère. Tant que ces monstrueux cétacés avaient,hanté les côtes de l'Eu- rope, les Basques s'étaient contentés de leur faire une guerre achar- née sans s'éloigner de leurs ports; mais ceux-là, furieux d'être troublés dans leur repos et dérangés dans leur vie, retournèrent dans' les